jeudi, 19 juin 2008

Une heure de bonheur avec "le meilleur d'entre nous"

La fondation pour l’Innovation politique va clore son cycle de quinze conférences ayant trait à  « L’héritage de Mai 68 », et Alain Juppé, ancien Premier ministre et maire de Bordeaux était hier l’orateur unique invité à s’exprimer sur « Mai 68 et l’Etat ».

Du grand Alain Juppé, du Alain Juppé « droit dans ses bottes », tel qu’en lui-même. Et ses premiers propos ont eu de quoi surprendre : il serait presque passé à côté de Mai 68, s’il n’avait accompagné son frère, un soir, dans une manifestation. Il se décrit plutôt comme un touriste de Mai que comme un soixante-huitard, fût-il d’occasion.

Il brosse une brève analyse de la situation d’alors, en en soulignant la singularité : la conjonction d’une grève ouvrière générale et d' une « rébellion étudiante éphémère et locale » que cristallisait une profonde détestation de l’Etat. Ouf ! Après  avoir planté le décor, le mot était lâché : l’Etat.

Alain Juppé est un Homme d’Etat, un serviteur de l’Etat, qui aime l’Etat, et qui va ravir son auditoire en parlant de l’Etat avec passion.

Pour lui, Mai 68 s’est inscrit dans une évolution de la société qui a conduit à un nouveau rapport avec l’autorité, à l’actuelle démocratie participative (la même que celle qu’il avait appelée « démocratie du quotidien » en 2002), à la révolution due aux nouvelles technologies, celles qui abolissent les limites du temps et de l’espace.

Et dans toute l’élégance d’un discours qui nous a amenés à ce dont il voulait parler, le voilà dans les rapports de la mondialisation et de l’Etat.

La mondialisation est réelle, elle impose un ordre mondial nouveau. Elle abolit les frontières pendant que des murs de toute sorte se construisent, ou se reconstruisent, à la demande des citoyens qui ont besoin de sécurité.

Cette sécurité est assurée par l’Etat qui fixe les règles d’un jeu nouveau qui échappe pour beaucoup au contrôle de ses participants.

Bref, pour Alain Juppé, il faut humaniser la mondialisation pour que la population n’en perçoive que les bénéfices.

Au passage, il a donné du gaullisme une définition qui me va droit au cœur : la rencontre entre le patriotisme, qui est l’amour de la France, et l’humanisme, qui est celui de l’Homme.

Le colloque se suffisait à lui-même, tellement il s’était montré dense et porteur d’espoir, quand l’ancien Ministre des Affaires étrangères, au détour d’une question, a donné son point de vue sur la réintégration de la France dans l’OTAN.

« En 1995, Jacques Chirac avait dit qu’il était prêt à entrer dans l’OTAN si les Américains partageaient  le pouvoir et si l’Europe construisait une défense. Aujourd’hui, je crains que le « si » ait disparu. Si on entre dans l’OTAN sans condition, ce sera un marché de dupes ».

Si je ne sais qui s'est demandé la différence entre un homme politique et un homme d’Etat, je sais qu’Alain Juppé est un homme d’Etat, celui qui ne pense pas à son élection future, mais celui qui a pour ambition celle de la grandeur de son pays.

Le type même d’homme d’Etat qui, pour parler sans fioriture ni sans langue de bois, sans affèterie ni sans vulgarité, est un homme dont la France a besoin .

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Commentaires

Ah ! que les grands hommes nous manquent.
Bien sûr en priorité le général de Gaulle qui sauva la France et qui s’était donné comme mission de toujours la guider vers le haut, tandis que toutes les voix d’en bas l’appellent sans cesse à descendre »

Puis Jacques Chirac, qui a été un grand président de la France et qui aujourd’hui refuse d’être présent le 14 juillet en raison de l’éventuelle présence du président syrien Bachar al_Assad suspecté de l’assassinat de son ami l’ex-premier ministre libanais Rafic Hariri. Un beau geste de respect et de mémoire .

Voici donc un Alain Juppé qui a de l’intérêt pour la France et non une ambition personnelle. Nous pouvons donc espérer qu’il reprendra le flambeau de celui qui écrivait en 1962 « J’ai voulu que la France parmi ses voisins fasse valoir sa personnalité tout en respectant la leur, que sans renier l’alliance elle refuse le protectorat, qu’elle se dote d’une force capable de dissuader toute agression et comportant au premier chef un armement nucléaire, qu’elle reparaisse dans les pensées, les activités et les espoirs de l’univers, au total qu’elle recouvre son indépendance et son rayonnement.

(Mémoire d’Espoir- le renouveau)

Ecrit par : gdg | dimanche, 22 juin 2008

le Général disait aussi: "L'ordre réel ne peut reposer que sur l'indépendance nationale, les libertés publiques, le bon fonctionnement de la justice, la souveraineté populaire. Il y a des périodes où,même si l'ordre apparent continue de régner, il perd son sens, parce qu'en dessous, l'ordre réel est brisé, vous voyez ce que je veux dire?" (Alain Peyrefitte. C'était de Gaulle).

Ecrit par : c.renson | dimanche, 22 juin 2008

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