samedi, 21 mars 2009

Un discours injuste

« Tout pousse à l’hôpital pour qu’il n’y ait pas de réforme.. Il y a des lobbies puissants, des intérêts contradictoires. Si l’hôpital a été le grand absent des réformes depuis 25 ans, c’est parce que c’est difficile, et pourtant c’est nécessaire… A l’hôpital, il n’y a pas de patron. Ou, plus exactement, il n’y a que des patrons… Il y a des médecins qui s’investissent et d’autres qui sont moins motivés » ….

Voilà pour les praticiens hospitaliers…

Les médecins libéraux ne sont pas mieux lotis : « les médecins de ville devront faire des gardes. La garde fait partie des contraintes, des vicissitudes du métier »….A croire le Président de la République, les médecins sont des irresponsables, qui dépensent sans compter et sans réfléchir .

 

Les médecins sont toujours les mal aimés du pouvoir. Mais le président se trompe lorsqu’il affirme que depuis 25 ans il n’y a jamais eu de réforme : nous devons en être à la cinquième en 18 ans. La dernière réforme, voulue par Jean-François Mattei, mise en musique par Xavier Bertrand, n’est pas encore complètement appliquée, encore moins évaluée, qu’il faut en retricoter une autre.

 

Cette fameuse loi Hôpital, Santé, Patients, Territoire s’inspire néanmoins parfois de bons principes, tel qu’ «un nécessaire renforcement des liens entre la ville et l’hôpital ». Mais il y a longtemps que cette évolution est en marche. Pour preuve la réussite du site de périnatalité Bluets/Trousseau, exemple de partenariat entre deux maternités, l’une publique de l’AP-HP, l’autre relevant du secteur privé non lucratif participant au service public hospitalier.

La convention fondatrice a été signée en 1999 entre la clinique des Bluets qui devait se restructurer et l’hôpital qui accueillait des nouveau-nés sans disposer de maternité.

Les deux établissements ont vu leur activité augmenter, et même l’AP-HP a engrangé un  million d’euros de recettes supplémentaires… Il faut croire que le président de la commission médicale d’établissement (CME) de l’AP-HP n’était pas si nul pour avoir présidé à ce partenariat prometteur.

 

Et pourtant les présidents de CME vont être exclus des prises de décision, ou plutôt participeront aux réunions mais avec seul un  avis consultatif. Et ce,  au profit des directeurs d’hôpitaux qui n’auront peut-être pas la même vision des patients, de la qualité des soins…et signeront directement avec les Agences Régionales de Santé les contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens qui engagent la communauté médicale.

 

Le Professeur Coriat, président de la CME de l’AP-HP peut cependant rassurer l’opinion publique puisqu’il affirme que sa « motivation pour l’efficience n’a pas comme moteur un souci de rentabilité des activités médicales, mais une éthique professionnelle ».

Il prévient d’ailleurs, que « les dépenses de personnel ne doivent pas être une variable d’ajustement budgétaire ».

Cependant, confronté au déficit record de 100 millions d’euros, l’AP-HP devrait envisager près de 700 licenciements en 2009 !

« Une révolution dans le monde sécurisant de la fonction publique hospitalière » pour le Panorama du Médecin. « Et une situation d’autant plus anxiogène que, selon les économistes, c’est l’importance de notre fonction publique (et le nombre de personnes vivant de revenus de remplacement) qui permet à notre pays de mieux résister à la crise comparativement à nos pays voisins ».

 

Une situation qui ne va pas encourager les vocations.

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://cecilerenson15eme.hautetfort.com/trackback/2108235

Ecrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.