vendredi, 24 avril 2009

"Aucune réforme de la santé n'est possible sans les médecins"

Ainsi s’exprime Alain Juppé lorsqu’il  se penche sur son bilan politique et confesse : « le corps médical est puissant, j’en ai fait l’expérience ».

Plutôt que de corporatisme, on devrait plutôt parler des professionnels de santé qui comportent un certain nombre de métiers, soignants et non soignants, divers modes d’exercice, libéral, hospitalier, privé non lucratif, effectifs souvent disparates mais dont la  motivation profonde  est de soigner. Voilà ce qui constitue des équipes, des réseaux, tout ce qui peut être imaginé au nom de l’intérêt supérieur du patient.

 

Bien sûr, notre système de santé a un coût, et il nécessite la chasse au gaspillage, une gestion rigoureuse, une efficience au service de la qualité pour reprendre les mots à la mode.

 

Mais lui asséner une réforme tous les trois ans le prive de stabilité, d’évaluation et de réelle efficacité.

 

La réforme voulue par Jean-François Mattei, mise en place par Xavier Bertrand n’a pas eu le temps d’être appliquée que prenait corps la loi « Hôpital, patients, santé, territoires », « la plus grande loi d’organisation depuis la loi de décentralisation », comme la présente la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot. En fait, c’est une  loi à géométrie variable, bien avant son vote à l’Assemblée nationale, qui promettait, entre autre, de lutter contre la désertification médicale de certaines régions et contre les dépassements d’honoraires qui font qu’à Paris, il est bien difficile de se faire soigner dans le secteur libéral selon les tarifs fixés par la sécurité sociale.

 

Quant à la nouvelle gouvernance hospitalière, elle prévoit que l'hôpital ne dépendra que d’un seul chef, le directeur de l’hôpital. Ainsi en a décidé le président de la République.

Et comme se sont révélées efficaces les deux structures créées par Alain Juppé, les URCAM (Unions régionales des caisses d’assurance –maladie) pour coordonner les caisses d’assurance –maladie d'une part   et les ARH (agences régionales de santé) pour harmoniser les problèmes sanitaires et hospitaliers des régions d'autre part, la loi HPST va les fondre en ARS ( Agences régionales de santé ) dirigées par un directeur, seul maître à bord, doté à l'origine de pouvoirs disciplinaires.

 

Les difficultés n’ont pas tardé à surgir, et pas du côté attendu. Les députés ont voté le texte de loi en première lecture, malgré de fortes réticences de certains UMP.

Il doit être discuté à partir du 11 mai au Sénat, et là, le débat promet d’être houleux.

D’ailleurs, Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre et vice-président du Conseil national de l’UMP trouve le texte « trop touffu et quelque peu confus ». Le sénateur de la Vienne poursuit :« le Sénat est là pour améliorer les textes et pas simplement pour se coucher devant l’Assemblée nationale ».

Mais la tempête se sera vraisemblablement calmée entre les deux Chambres.

 

Déjà, les chirurgiens, les chefs de clinique ont menacé de suspendre toute activité chirurgicale à partir du 1er juin, emmenant dans leur course internes et anesthésistes, de quoi paralyser hôpitaux et cliniques.

Eh bien, ils ont gagné. Les amendements de Jean-Luc Préel et d’Yves Bur qui prévoyaient un encadrement des dépassements d’honoraires pourtant très limité seront retirés, vient d’annoncer la ministre de la Santé.

De plus, la liberté d’installation sera respectée.

Voilà pour satisfaire les médecins libéraux.

 

Mais voilà qui déplaît du même coup à la Mutualité. Laquelle rappelle les « engagements du président de la République et de ses ministres » pour mettre fin à « une opacité tarifaire préjudiciable aux malades »…

 

Quant au secteur hospitalier, rien ne va plus. Comme certains chercheurs, nombre de médecins hospitaliers voyaient initialement d'un oeil favorable, l’effort d’organisation territoriale , ils sont maintenant vent debout contre la tarification à l’activité qu’ils accusent de conduire au tri des malades les plus rentables.

Ils souffrent des tensions sociales à l’intérieur des établissements, critiquent la réduction des effectifs des personnels soignants et non-soignants.

Ils craignent « une démédicalisation de la décision », la fin de « l’indépendance professionnelle » et un « appauvrissement » intellectuel et financier du service public dont ils s’estiment les garants.

Quant au pouvoir des directeurs d’hôpitaux, il est, on le voit,  renforcé au détriment de celui des médecins. De plus, avec la loi Bachelot, les directeurs pourront venir du privé et être totalement dépourvu de compétence médicale ou en santé.Et les chefs de service seront leurs subordonnés!

 

Tous les professionnels de santé veulent se retrouver pour battre le pavé mardi prochain 28 avril à Paris et dans d’autres villes de France, en y associant les usagers et leurs associations.

 

Nicolas  Sarkozy,  qui a reçu une délégation de praticiens hostiles à la réforme, craint que le syndrome des universités ne contamine le milieu de la santé.

Peut-être, s’il n’est pas trop tard, écoutera-t-il Alain Juppé lorsque celui-ci  impute la défaite de la droite aux élections législatives de 1997 à la colère des médecins : « on ne fera pas, et je parle d’expérience, une réforme de l’hôpital contre le milieu médical ».

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