samedi, 26 septembre 2009

Un président peu au fait de ses dossiers.

Le président connaît-il ses dossiers avant de s’exprimer à la télévision ? 

Prend-il le temps d’écouter ses conseillers ? Ou bien un mot lui sert-il de moteur de recherche et il démarre…

Ainsi mercredi dernier sur la taxe carbone : « le monde va à sa perte si on continue à émettre du carbone qui crée un trou dans la couche d’ozone et qui brise les équilibres de la planète ». Il a confondu couche d’ozone et effet de serre, sûrement parce que, pour lui, si la disparition de la couche d’ozone est due à l’utilisation de chloro-fluoro-carbones, il n’y a pas de raison que ces CFC ne génère pas d’une façon ou d’une autre du dioxyde de carbone.

Ses conseillers auraient dû lui expliquer que ce carbone constitue la base de la biologie, qu’il est essentiel à la vie…

On peut déjà se faire du souci pour la conférence de Copenhague, mais c’est bien loin…

 

Quant à l’affaire Clearstream dont il suit paraît-il les moindres détails, il semble ne plus se souvenir de l’action dans laquelle il s’est engagée…

 

Ainsi, si je reprends l’excellent article de Mediapart du 24 septembre dernier  « en deux phrases, trente secondes, il va commettre quatre erreurs", article que je ne peux que retranscrire in extenso tellement il est, argumenté :

 

      1/ «J'ai déposé plainte contreX.»

FAUX. Nicolas Sarkozy, et c'est tout sauf un détail, n'a pas déposé plainte, ni contre X ni contre personne. Il s'est contenté de se constituer partie civile, le 31 janvier 2006, dans la procédure déjà ouverte. Ses conseillers lui avaient précisément déconseillé à l'époque de déposer plainte, craignant qu'une telle initiative n'apparaisse trop offensive. Et donc comme une tentative de pression sur la justice.

 

 2/ «J'ai déposé plainte contre X quand j'ai découvert avec stupéfaction que j'étais titulaire de deux comptes...»

 

FAUX. Là encore, la formulation est trompeuse. Elle laisse entendre à l'évidence que Nicolas Sarkozy a saisi la justice dès qu'il a eu connaissance que son nom figurait sur les faux listings. Et il répète à qui veut l'entendre qu'il n'a été informé que très tardivement.

 

Or, la chronologie démontre le contraire. La présence du nom de Nicolas Sarkozy sur les listings a été évoquée dans la presse, avec celles de trois autres anciens ministres (Alain Madelin, Jean-Pierre Chevènement, Dominique Strauss-Kahn), au mois de septembre 2004. Or, M. Sarkozy, contrairement aux trois autres, ne n'est constitué partie civile qu'en janvier 2006, soit près d'un an et demi après. Sans compter que de nombreux éléments laissent à penser qu'il avait été informé de la présence de son nom dès le printemps 2004.

3/ «Au bout de deux ans d'enquête, deux juges indépendants...»

FAUX. Pour le coup, il s'agit sans doute du lapsus le plus révélateur de l'intervention du chef de l'Etat. En effet, l'instruction de cette affaire n'a pas duré deux mais... quatre ans, puisque l'information judiciaire pour « dénonciation calomnieuse » confiée au juge Jean-Marie d'Huy – ensuite secondé par Henri Pons – a été ouverte par le parquet de Paris le 3 septembre 2004 et s'est achevée en 2008.

 

L'enquête s'est terminée en deux temps, les juges ayant clos une première fois leurs investigations le 22 février 2008, puis le parquet a exigé un complément d'information. Ils ont finalement clôturé le dossier le 3 juillet 2008. Nicolas Sarkozy n'a pas évoqué cette période de «deux ans» par hasard: il ne fait visiblement pas de doute dans son esprit que le « vrai » début de l'affaire correspond à son entrée dans le dossier, en 2006! De fait, l'enquête des juges avait connu une spectaculaire accélération juste après la constitution de partie civile de M. Sarkozy.

 

   4/ «Deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être traduits devant le tribunal correctionnel.»

FAUX. Est-il besoin de rappeler que, dans le droit français (comme dans la plupart des pays européens), toute personne est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été définitivement établie par un tribunal. Dans l'exemple Clearstream, il faut donc parler de «prévenus» puisqu'il s'agit d'un procès correctionnel – aux assises, on parlerait d'«accusés».

 

 Enfin, pour ma part,  je ne comprends pas qu’il parle de « deux juges indépendants ». Pourraient-ils ne pas l’être ?

J’avais  même cru, en d’autre temps, qu’il n’accordait aucune confiance aux juges et qu’il voulait leur disparition...Comprenne qui pourra…

A ce stade, il ne saurait s’agir de lapsus.

Le président est sûr de sa puissance, sûr qu’il peut faire pencher le fléau de la justice dans le sens qui lui est favorable.

Il est maître de la France, de l’Europe, du G20 dont il dira avoir influencé les décisions et fait partager ses convictions aux 19 autres membres.

Il n’a que faire des détails de dossiers.... On l’attend ailleurs…

Je crains que son hyperactivité ne lui permette pas d’étudier les problèmes de la France avec toute l’attention nécessaire.  Et quand on entreprend trop de chantiers, il est rare d’en mener un à son terme.

C’est bien ce que disait Rabelais : « qui trop embrasse, mal étreint »…

 

 

 

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