vendredi, 04 décembre 2009
Les dérobades, une nouvelle forme de gouvernance?
La semaine dernière, le président de la République, appelé d’urgence en Arabie Saoudite pour une visite semi-privée, n’a pu honorer de sa présence l’Association des Maires de France rassemblés au Parc des expositions de la Porte de Versailles.
Qu’on n’aille surtout pas croire qu’il avait peur de les rencontrer du fait de la suppression de la taxe professionnelle et de la réforme des collectivités locales !
Il s’est fait remplacer par le Premier ministre. Lequel a bien été conspué, mais il est payé pour tenir ce rôle.
La preuve de la bonne volonté de Nicolas Sarkozy, il a convoqué 700 maires à l’Elysée, quarante huit heures plus tard, certes, un peu triés sur le volet, mais il n’y a que l’intention qui compte.
Ce matin, le président devait intervenir pour la clôture d’un colloque organisé par l’Institut Montaigne sur le thème « Qu’est-ce qu’être français ? ».
Un malheureux concours de circonstance l’en a empêché. Il devait aller expliquer à son ami Gordon Brown que ses propos à la Seyne-sur-Mer ne méritaient pas l’interprétation fallacieuse qu’en avait retenue le Daily Telegraph : « La crise est venue de la dérive d’un modèle anglo-saxon : je veux pour le monde la victoire du modèle européen, qui n’a rien à voir avec les excès du capitalisme financier ».
Il allait lui répéter le discours qu’il avait tenu à Lyon, en 2007, devant une assemblée d’entrepreneurs, alors qu’il s’extasiait sur le système financier du Royaume-Uni : « il y a 20 ans, ils étaient 20% moins riches que nous, aujourd’hui, ils sont 10% plus riches ».
Il envisageait peut-être de rappeler qu’en 2006, il défendait, comme les anglo-saxons, avec une prémonition rare, l’efficacité des « crédits hypothécaires, garantis par l’existence d’un bien, alors qu’en France les crédits sont garantis sur la personne ».
Il laisserait donc François Fillon se débrouiller avec cette idée géniale qui devait lui ramener les électeurs de la droite de la droite lors des élections régionales et reprendre la recette qui fonctionne à chaque fois : débattre de l’Identité nationale.
Mais voilà : les internautes s’étaient emparés du débat, des contributions « racistes et xénophobes » couraient sur le web, le ministre ne contrôlait pas grand-chose, l’opinion publique, ingrate, trouvait cette concertation confuse et inappropriée et faisait perdre trois points à Monsieur Sarkozy dans les sondages (34% d’opinions favorables).
Même l’état-major UMP était divisé sur l’opportunité de cette réflexion. Jean-Pierre Raffarin, François Baroin, Jean-François Copé y allaient de leur désapprobation publique.
Si « Eric Besson les a entraînés dans un truc qu’on ne maîtrise plus », autant le laisser avec le Premier ministre immortaliser cette clôture mémorable.
Il irait à Londres.
Et puis, « il avait déjà beaucoup traité du sujet à l’occasion de son déplacement dans la Drôme, le 12 novembre »…
Sur les terres d’Hervé Mariton, député villepiniste. Un hasard !
Patatras !
La « réunion envisagée à Londres entre le Premier ministre Gordon Brown et le président français Nicolas Sarkozy a été abandonnée pour raisons d’emplois du temps a indiqué Downing Street ».
Le Président resterait à Paris.
Le Président a perdu la main. Il lui reste Copenhague. Ce qui n’augure rien de bon pour la planète…
Peut-être qu’il enverra François Fillon.
Pendant ce temps, Dominique de Villepin signe ses livres, va au devant des Français, et entame une campagne de proximité et de rassemblement.
Il a signé l’appel lancé par Mediapart « Nous ne débattrons pas », suivi de 15812 personnes à l’heure d’aujourd’hui.
Je m’honore d’ailleurs d’être la 1823 ème à avoir signé cet appel pour refuser le débat organisé par le pouvoir, « parce qu’il n’est ni libre, ni pluraliste, ni utile ».
« En politique, ce qui est inutile est souvent nuisible » (Jacques Bainville).





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