jeudi, 17 février 2011
La télémedecine: progrès, ambiguité, escroquerie?
Jean-François Mattei parlait de la révolution du 20èsiècle, celle du savoir qui abolit le temps et l’espace. Et il n’est de secret pour personne que l’informatique a tout chamboulé, jusqu’à la médecine, pour le meilleur, sans le pire, espérons-le.
Encore convient-il de définir tout ce que recouvre ce préfixe « télé » : téléassistance, télésurveillance, télédiagnostic, télésanté, télémédecine…avec tous les bénéfices que l’abolition des distances peut apporter, mais aussi toutes les arnaques, et tous les dangers qu'elle peut susciter. Et quand on sait que les services secrets des grandes puissances n’ont justement pas de secret pour les escrocs, on peut s’inquiéter…
Le grand public met tous ses espoirs dans ces nouvelles technologies, à plus ou moins juste titre. Il y a été encouragé par les propos ministériels de Roselyne Bachelot qui avait annoncé pouvoir vaincre la désertification médicale grâce à la télémédecine ! « Jusqu’à présent une consultation médicale se passait forcément en présence du patient, à son domicile ou au cabinet d’un médecin. Avec le décret (découlant de la loi Hôpital Patients Santé Territoire), on donne la possibilité aux patients de bénéficier d’une expertise à distance, d’une consultation en ligne ». Le Conseil national de l’ordre des médecins avait acquiescé : « il est désormais possible d’exercer la médecine avec l’utilisation des outils informatiques… mais cette pratique ne se conçoit que dans des situations précises », fixées dans un programme national défini par le ministère de la Santé, ou dans des contrats régionaux passés avec les Agences régionales de santé.
Il serait stupide de nier l’avantage de la télémédecine telle qu’elle est exercée depuis une dizaine d’années. Des hôpitaux utilisent le procédé dans le cadre de partenariat, comme l’hôpital gérontologique Vaugirard –Gabriel Pallez et l’Hôpital Européen Georges Pompidou. Les médecins à chaque bout de la chaîne présentent les cas de leurs patients, échangent les données médicales, radiologiques, biologiques, sans besoin de se déplacer, et encore mieux de déplacer les malades.
Et que dire de la superbe opération Lindbergh qui a vu , en septembre2001, le Professeur Marescaux opérer depuis New York, un patient de cholécystectomie (ablation de la vésicule biliaire)allongé sur une table d’opération à Strasbourg. Superbe prouesse technique qui permet le partage du geste chirurgical d’un expert, réalisé à l’autre bout du monde, grâce à 7 500 km de fibres optiques de part et d’autre de l’Océan mais pas geste très économique pour autant, tant en matériel (coût des deux bras robotisés, d’un autre supportant la caméra, d’une console chirurgicale) qu’en personnel (deux équipes chirurgicales dans chaque bloc opératoire et 20 ingénieurs répartis tous les 500 km).
Comment ne pas être émerveillé par ces avancées au service des patients !
Mais, répétons-le, à chaque bout de la chaîne, se trouve un ou plusieurs médecins. La télémédecine peut encore se concevoir comme télésurveillance, telle qu’elle se pratique depuis fort longtemps dans les salles de surveillance des patients en soins intensifs, en réanimation, et pourquoi pas à distance pour surveiller l’état de malades à domicile lorsqu’ils sont suivis pour une affection chronique.
Mais de là à placer un patient devant une webcam conversant avec son médecin traitant éloigné de quelques dizaines de km pour une consultation médicale classique, il y a quelque chose qui m’échappe. Quels que soient les progrès en aval de la consultation, on n’a pas encore trouvé mieux que l’examen clinique pour voir, écouter, palper, ausculter un malade, déterminer si ses bruits du cœur sont réguliers, s’il est porteur d’un souffle cardiaque. ..
On pourra me rétorquer que tous ces gestes sont ringards, que les examens complémentaires sont là pour amener au diagnostic, bref… Rien ne remplacera jamais l’examen clinique d’un patient, surtout en période d’économies.
Il n’est pas concevable que la ministre ait voulu remplacer cet examen par un passage du patient devant un écran d’ordinateur. Ses propos n’ont pu être que déformés… par qui ?
La tentation est grande pour les sociétés qui éclosent tout à coup pour prodiguer des conseils médicaux en ligne ou par téléphone, remplaçant la carte Vitale par la carte bancaire, facturée par téléphone 2,50 € la minute. Ces conseils sont donnés par des médecins, inscrits au Conseil de l’Ordre des Médecins, ce qui crédibilisent les entreprises, surtout quand les patients, friands de renseignements plus accessibles par voie orale que sur les sites internet, passent une demi-heure à se faire expliquer leurs maux.
Ces conversations sont enregistrées et peuvent être écoutées par ??? des médecins ? Le secret professionnel n’est pas transmissible entre médecins sans le consentement du patient …
On voit bien la dérive de cette télémédecine qui n’a de médecine que le nom.
Il serait grand temps que le Conseil National de l’Ordre des Médecins se montre moins frileux et fasse respecter ce qui fait l’honneur de la médecine française : sa déontologie et le respect du serment d’Hippocrate.
Et qu’on se le dise : « la télémédecine pour tous » est un leurre !
23:17 | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : télémédecine, jf mattei, roselyne bachelot, pr marescaux





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Commentaires
La télémédecine pour TOUT est un leurre , mais, dans les situations éprouvées et performantes que vous avez rappelées, pouquoi pas pour TOUS?
Écrit par : ACTUSOS | vendredi, 18 février 2011
La télémédecine est un leurre pour tous, et pour tout.
Pour tous, car elle ne pourra pas s'appliquer à chaque patient, du fait de sa technique spécifique en fonction
des pathologies, du fait de son coût, du fait des équipements nécessaires.
Pour tout, car elle ne peut répondre aux attentes si variées d'une personne à l'autre ( je n'utilise pas le mot "malade" à dessein), et variables chez la même personne.
Ce que j'ai voulu dénoncer, c'est le glissement du conseil médical vers la consultation.
65% des internautes ont consulté les sites médicaux, type Doctissimo, etc...car la population est friande de renseignements médicaux. Et c'est tout à fait normal.
Peut-être même est-ce la faute des médecins qui ne consacrent plus assez de temps à expliquer aux patients leurs maladies, les causes de leurs maux, les traitements attendus et le rapport bénéfice/risque des médicaments.
Mais la nature a horreur du vide et quand un secteur "juteux" semble se dessiner, des tas de sociétés s'y engouffrent. Ou plutôt des grands groupes sous le couvert de filiales.
Que ces entreprises fassent commerce de leurs conseils médicaux, pourquoi pas?
Qu'elles veuillent se subsituer à la Consultation médicale, c'est NON.
Elles jouent sur l'ambiguïté des mots et des situations au détriment de la population et de la Santé publique.
Écrit par : c.renson | vendredi, 18 février 2011
Mon propos était uniquement destiné à observer qu' en République , il y a égalité d'accès aux soins.. comme dirait Bachelot. La télésanté marchande ouvre aussi le débat sur le service public. Je suppose que beaucoup des progrès que vous rappelez résultent de financements publics, notamment hospitaliers.
Savez-vous comment les 2€50 sont remboursés par la Sécu?
Je propose, chez le patient, un enregistrement des avis du médecin pour l'attaquer devant les tribunaux...s'il ne me guérit pas !
Il convient aussi de rappeler que le Centre 15 doit donner chaque jour - quand le médecin traitant n'est pas au cabinet-
des milliers de conseils au bout du fil
Écrit par : ACTUSOS | vendredi, 18 février 2011
Vous avez mille fois raison, et je suis bien placée pour confirmer que le "15" donne tous les jours des milliers de conseils par téléphone.
Et quelle bonne idée d'enregistrer les propos médicaux chez le patient! car il sera facile de faire de la publicité de cette façon pour des centres médicaux privés, ou des soins d'exercice particulier non remboursés par la SS!
Écrit par : c.renson | vendredi, 18 février 2011
Le recours aux outils de la télésanté devra être intégré dans le cahier des charges:
- des maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) ;
- des maisons médicales de garde (MMG) ;
- des maisons de santé ;
- des communautés hospitalières de territoire et des groupements de coopération sanitaire ;
- des EHPAD et des groupements de coopération médico-sociale ;
- des maisons départementales des personnes handicapées,
Qu' en pensez-vous ?
Écrit par : ACTUSOS | samedi, 19 février 2011
Il n'est pas question de priver qui que ce soit des avancées technologiques.
Il n'est pas plus question de transgresser le secret professionnel.
Il convient donc de ne pas se précipiter tête baissée pour faire chic.
Il faut, avant tout définir:
-les outils de la télésanté (téléphonie, internet, intranet),
-les acteurs du système, aux deux bouts de la chaîne,
-les systèmes de sécurité,
-un organisme de surveillance indépendant, en particulier sans aucune collusion avec des grands groupes, quels qu'ils soient, indépendant aussi des mutuelles, assurances,...
Ces règles me paraissent indispensables si on veut éviter des scandales qui ne manqueront pas de se produire si on n'est pas très rigoureux dans ce domaine.
Écrit par : c.renson | samedi, 19 février 2011
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