samedi, 26 septembre 2009
Un président peu au fait de ses dossiers.
Le président connaît-il ses dossiers avant de s’exprimer à la télévision ?
Prend-il le temps d’écouter ses conseillers ? Ou bien un mot lui sert-il de moteur de recherche et il démarre…
Ainsi mercredi dernier sur la taxe carbone : « le monde va à sa perte si on continue à émettre du carbone qui crée un trou dans la couche d’ozone et qui brise les équilibres de la planète ». Il a confondu couche d’ozone et effet de serre, sûrement parce que, pour lui, si la disparition de la couche d’ozone est due à l’utilisation de chloro-fluoro-carbones, il n’y a pas de raison que ces CFC ne génère pas d’une façon ou d’une autre du dioxyde de carbone.
Ses conseillers auraient dû lui expliquer que ce carbone constitue la base de la biologie, qu’il est essentiel à la vie…
On peut déjà se faire du souci pour la conférence de Copenhague, mais c’est bien loin…
Quant à l’affaire Clearstream dont il suit paraît-il les moindres détails, il semble ne plus se souvenir de l’action dans laquelle il s’est engagée…
Ainsi, si je reprends l’excellent article de Mediapart du 24 septembre dernier « en deux phrases, trente secondes, il va commettre quatre erreurs", article que je ne peux que retranscrire in extenso tellement il est, argumenté :
1/ «J'ai déposé plainte contreX.»
FAUX. Nicolas Sarkozy, et c'est tout sauf un détail, n'a pas déposé plainte, ni contre X ni contre personne. Il s'est contenté de se constituer partie civile, le 31 janvier 2006, dans la procédure déjà ouverte. Ses conseillers lui avaient précisément déconseillé à l'époque de déposer plainte, craignant qu'une telle initiative n'apparaisse trop offensive. Et donc comme une tentative de pression sur la justice.
2/ «J'ai déposé plainte contre X quand j'ai découvert avec stupéfaction que j'étais titulaire de deux comptes...»
FAUX. Là encore, la formulation est trompeuse. Elle laisse entendre à l'évidence que Nicolas Sarkozy a saisi la justice dès qu'il a eu connaissance que son nom figurait sur les faux listings. Et il répète à qui veut l'entendre qu'il n'a été informé que très tardivement.
Or, la chronologie démontre le contraire. La présence du nom de Nicolas Sarkozy sur les listings a été évoquée dans la presse, avec celles de trois autres anciens ministres (Alain Madelin, Jean-Pierre Chevènement, Dominique Strauss-Kahn), au mois de septembre 2004. Or, M. Sarkozy, contrairement aux trois autres, ne n'est constitué partie civile qu'en janvier 2006, soit près d'un an et demi après. Sans compter que de nombreux éléments laissent à penser qu'il avait été informé de la présence de son nom dès le printemps 2004.
3/ «Au bout de deux ans d'enquête, deux juges indépendants...»
FAUX. Pour le coup, il s'agit sans doute du lapsus le plus révélateur de l'intervention du chef de l'Etat. En effet, l'instruction de cette affaire n'a pas duré deux mais... quatre ans, puisque l'information judiciaire pour « dénonciation calomnieuse » confiée au juge Jean-Marie d'Huy – ensuite secondé par Henri Pons – a été ouverte par le parquet de Paris le 3 septembre 2004 et s'est achevée en 2008.
L'enquête s'est terminée en deux temps, les juges ayant clos une première fois leurs investigations le 22 février 2008, puis le parquet a exigé un complément d'information. Ils ont finalement clôturé le dossier le 3 juillet 2008. Nicolas Sarkozy n'a pas évoqué cette période de «deux ans» par hasard: il ne fait visiblement pas de doute dans son esprit que le « vrai » début de l'affaire correspond à son entrée dans le dossier, en 2006! De fait, l'enquête des juges avait connu une spectaculaire accélération juste après la constitution de partie civile de M. Sarkozy.
4/ «Deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être traduits devant le tribunal correctionnel.»
FAUX. Est-il besoin de rappeler que, dans le droit français (comme dans la plupart des pays européens), toute personne est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été définitivement établie par un tribunal. Dans l'exemple Clearstream, il faut donc parler de «prévenus» puisqu'il s'agit d'un procès correctionnel – aux assises, on parlerait d'«accusés».
Enfin, pour ma part, je ne comprends pas qu’il parle de « deux juges indépendants ». Pourraient-ils ne pas l’être ?
J’avais même cru, en d’autre temps, qu’il n’accordait aucune confiance aux juges et qu’il voulait leur disparition...Comprenne qui pourra…
A ce stade, il ne saurait s’agir de lapsus.
Le président est sûr de sa puissance, sûr qu’il peut faire pencher le fléau de la justice dans le sens qui lui est favorable.
Il est maître de la France, de l’Europe, du G20 dont il dira avoir influencé les décisions et fait partager ses convictions aux 19 autres membres.
Il n’a que faire des détails de dossiers.... On l’attend ailleurs…
Je crains que son hyperactivité ne lui permette pas d’étudier les problèmes de la France avec toute l’attention nécessaire. Et quand on entreprend trop de chantiers, il est rare d’en mener un à son terme.
C’est bien ce que disait Rabelais : « qui trop embrasse, mal étreint »…
22:16 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mediapart, couche d'ozone, effet de serre, clearstream, nicolas sarkozy, justice, g20
jeudi, 24 septembre 2009
Le sens des mots.
Les mots ont un sens et sont les vecteurs de notre pensée.
L’éducation nous permet de leur apporter précision, sinon subtilité.
Enfin, l’enseignement, surtout lorsqu’il est devient supérieur, apporte à chaque profession le vocabulaire adéquat qui permet à l’homme (ou la femme !) de métier de s’exprimer avec la justesse requise.
Et il ne viendrait à personne de s’adresser à un professionnel qui ne répondrait pas à ce critère essentiel.
A partir de ces considérations, je m’interroge sur l’attitude qui, devant m’assurer son concours, me ferait choisir un avocat qui confond « coupable « et « prévenu ».
A coup sûr, je fuirais cet homme de droit, fût-il le plus célèbre parce qu’exerçant la magistrature suprême de notre pays…Impair ? Pas impair ?
Quand on sait que le même, ministre de l’Intérieur, le jour de la capture d’Yvan Colonna, avait plastronné en se félicitant que « la police avait arrêté l’assassin du préfet Erignac », on commence à être glacé de terreur devant la méconnaissance de la présomption d’innocence, essentielle à notre justice, celle rendue au nom du peuple français.
Le comble, hier, devant des millions de téléspectateurs, a été atteint (mais dans ce domaine, le comble doit donner le sens de l’infini : quand on croit l’avoir atteint, on s’aperçoit que tout reste à venir !) :
Le président de la République a annoncé, concernant l’affaire Clearstream : « Au bout de deux ans d’enquête, deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être traduits devant un tribunal correctionnel ».
A ce stade, trois réflexions s’imposent :
–ou il s’agit d’un lapsus, et comme l’a dit Dominique Bussereau, secrétaire d’Etat aux Transports : « comme n’importe qui, il a commis un lapsus » (tiens, il va bientôt devenir ministre de plein exercice, celui-là !). Le problème est que Nicolas Sarkozy n’est pas n’importe qui. Il a d’ailleurs beaucoup mouillé ses chemises pour en arriver là.
Il est le président de la République, le magistrat suprême.
Alors, comme le propose Marie-Anne Montchamp, qu’il revienne sur ce propos malheureux, même si cette attitude n’est pas dans sa logique.
-ou il est la proie d’une obsession névrotique, et on ne peut manquer de s’interroger sur la sérénité qui devrait entourer sa fonction. Il y va quand même de notre existence de Français…
-ou il veut peser sur les conclusions des juges, ce qui serait étonnant pour celui qui se dit ne pas être "un homme qui ment … un homme qui plaisante avec les principes d’honneur et de probité ».
J’ai même la faiblesse de le croire sincère en cette mise en scène de lui-même, normale dans le contexte.
La catastrophe pour lui est que le président doit faire respecter le Droit, et dans cet entretien, il viole un principe constitutionnel essentiel inscrit dans le code civil.
Article 9-1 : « chacun a droit au respect de la présomption d’innocence ».
Pour avoir confondu en son temps coupable et prévenu, le ministre d’Etat, Michel Poniatowsky, avait failli être traduit devant la Haute Cour de Justice… pardon pour ce lapsus… je veux parler de la Cour de Justice de la République…si la Justice peut encore être exercée en toute sérénité au pays des droits de l’Homme.
22:12 Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : justice, présomption d'inncence, clearstream, nicolas sarkozy, ivan colonna
mardi, 22 septembre 2009
La qualité finit toujours par l'emporter.
Ce soir, l’actualité m’imposait différents sujets qui me tiennent à cœur. Et je ne savais lequel m’inspirait le plus car j’ai mal à « la France » et je souffre, comme beaucoup de mes concitoyens, de l’image véhiculée par tel ou tel media, ou tel ou tel roquet…quand j’ai appris l’élection au cinquième tour de scrutin de la bulgare Irina Bokova à la direction générale de l’Unesco…
D’abord, je la félicite pour l’accession à ce poste prestigieux, ensuite je tiens à lui manifester la reconnaissance des femmes, lesquelles ont toujours été éloignées de ces instances.
Pour moi, Irina Bokova est un exemple, non seulement parce qu’elle a su concilier sa vie de femme publique avec celle de mère de deux enfants, mais aussi parce qu’elle est une militante convaincue de la cause européenne.
Son CV est impressionnant, mais en même temps il révèle une profonde cohérence puisque Irina Bokova est ambassadrice de Bulgarie en France, à Monaco et auprès de l’Unesco depuis 2005, qu’elle est vice-présidente du groupe francophone des ambassadeurs auprès de l’Unesco et fondatrice du Forum de politique européenne, une ONG bulgare visant à promouvoir les valeurs européennes au sein de la vie publique…
Bref, c’est une femme, européenne sincère, élue par 31 voix contre 27 à Farouk Hosni.
En ce qui concerne Farouk Hosni, je me demande si son désaveu n’est pas consécutif à l’intervention d’Henri Guaino, pour le moins malencontreuse.
Le premier a chanté : « les livres en feu, Israël au milieu » et demandé au second :Henri, « prête-moi ta plume, pour écrire un mot »...à la suite de la tribune de BHL, Claude Lanzmann et Elie Wiesel concernant les propos antisémites qu’il avait tenus depuis 2001.
Par ailleurs, cette élection va plomber le ciel radieux de l’UPM puisque « des engagements avaient été pris …Du moins, Hosni Moubarak a-t-il eu la conviction, à partir de 2007, que l’Elysée allait soutenir la candidature de son ministre de la culture ».
La défaite de Farouk Hosni est donc celle de Hosni Moubarak.
La question qui se pose est : l’Elysée est-il encore en capacité de faire imposer ses choix ? on peut en douter.
Ce qui s’annonce du plus mauvais aloi à la veille des négociations du G20.
Foin de cette politique : une bonne campagne a fait gagner Irina Bokova à la tête de l’Unesco. Celle-ci a placé son programme sous le signe d’ « un nouvel humanisme pour le XXIè siècle ».
Elle dit vouloir travailler au dialogue des civilisations au service de la paix.
« L’Unesco est à même de passer un message de tolérance et de compréhension entre les différentes idées qui existent dans le monde »ajoute cette femme « passeur de dialogue et de compréhension »( Le Requin et la Mouette. D de Villepin).
Irina Bokova est une femme de qualité. Elle a su convaincre. Elle saura œuvrer pour la paix.
lundi, 21 septembre 2009
Verbatim
"Nous sommes aujourd'hui le 21 septembre.
C'est le jour anniversaire de la République française.
C'est aussi le jour dédié par les Nations unies pour la paix dans le monde.
J'espère que l'exigence de justice sera au rendez-vous.
Je suis ici par la volonté d'un homme, je suis ici par l'acharnement d'un homme, Nicolas Sarkozy, qui est aussi président de la République française.
J'en sortirai libre et blanchi au nom du peuple français.
Certains voudraient croire qu'il n'y a pas dans notre pays de procès politique, je veux le croire aussi et pourtant nous sommes ici en 2009 et nous sommes en France.
Je veux redire que mon combat n'est pas un combat personnel, c'est le combat de toutes celles et tous ceux qui se battent contre l'injustice, c'est le combat de toutes celles et tous ceux qui sont victimes de l'abus de pouvoir.
La justice est un bien précieux mais c'est aussi un bien fragile qui demande l'engagement de tous.
Je sais que la vérité triomphera.
Je vous remercie"
Dominique de Villepin
samedi, 19 septembre 2009
L'image d'un grand homme.
Le Monde du 18 septembre consacre, sous la plume de Raphaëlle Bacqué, toute une page à Jacques Chirac, sous le titre « Chirac et l’homme qui voulut le tuer ».
« Le 14 juillet 2002, Maxime Brunerie tirait sur le président de la République……
Depuis sept ans Maxime Brunerie est son souci secret Son énigme aussi….L’ancien chef de l’Etat s’est longtemps interrogé sur les motivations de ce grand garçon mince et dégingandé qui, à 25 ans, avait voulu mourir en entrant dans l’Histoire».
A l’occasion de la libération de son agresseur, le 3 août dernier, on apprend ainsi que Jacques Chirac a suivi l’évolution de ce jeune homme en détention, sa reconstruction, l’accompagnement psychothérapeutique qui l’a conduit à reprendre ses études et à passer avec succès un nouveau BTS.
On apprend aussi qu’il avait accepté de recevoir la maman, et comme le dit un autre journaliste, « alors qu’il aurait pu charger son agresseur, profiter de ce sinistre fait divers pour asseoir sa popularité ou faire un coup politique, Jacques Chirac a préféré jouer la carte de la compassion discrète et de la compréhension. La preuve d’ une belle âme » …
Il y a du Jean-Paul II dans cette attitude. Ce Pape qui avait rendu visite à son assassin emprisonné pour un attentat perpétré deux ans plus tôt sur sa personne.
Pas étonnant que Jacques Chirac améliore encore sa cote de 3 points dans « le classement des personnalités politiques » que fait paraître le numéro de Paris Match de cette semaine !
Il y recueille 76 % de bonnes opinions. Le journal ne s’attarde pourtant à aucun commentaire….
Il semblerait qu’il garde une certaine distance devant tous ces évènements, tentative d’attentat, forte popularité…qu'il reste imperturbable en toute circonstance...
Il est vrai que, pour ma part, je l’ai vu inaugurer l’Hôpital Européen Georges Pompidou le 21 décembre 2000, au milieu de vociférations de « camarades » syndiqués, comme le raconte Louis Omnes, le directeur de l’époque, qui « montaient en épingle le mécontentement de quelques brancardiers jugés en nombre insuffisants ». L’inauguration avait été confirmée malgré la semaine de grève des personnels qui se plaignaient de dysfonctionnements, conséquence des sept années de construction jalonnées de couacs, malfaçons puis d’une ouverture prématurée …
Le président de la République avait maintenu sa visite, s’était fait présenter l’hôpital, avait supporté sans broncher le chahut, prononcé l’allocution prévue tandis que les cris se taisaient et que Claude Pompidou restait digne et impavide…
Voilà l’image rassurante d’un grand homme.
18:16 Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le monde, jacques chirac, jean-paul ii, hegp, louis omnes, paris match
jeudi, 17 septembre 2009
La mesure est-elle un art si difficile?
Demain, Nicolas Sarkozy se rend à l’hôpital Paul Brousse pour y célébrer la 2 500è greffe de foie.
Il est tout à fait légitime que le président de la République manifeste ainsi la gratitude de ses compatriotes pour ce centre hépato-biliaire, le premier centre de transplantation hépatique de France.
A l’heure où la demande se fait de plus en plus pressante du fait du nombre croissant d’insuffisance hépatique induite par des cirrhoses, des hépatites ou des cancers, alors que la pénurie de don d’organes allonge le temps d’attente des demandeurs, la visite du Président témoigne de son intérêt pour ce traitement hautement spécialisé que seuls peuvent permettre le dévouement et la compétence d’une équipe parfaitement rôdée comme l’est celle de l’hôpital Paul Brousse.
Le président Mitterrand s’était lui-même déplacé à l’occasion de la 500è et de la 1 500è greffe hépatique. Il est parfaitement normal que la qualité de la médecine française soit reconnue, notamment l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, le fleuron de notre système de soins.
Paul Brousse est un établissement pluridisciplinaire de 716 lits traitant des patients qui relèvent de soins aigus médicaux ou chirurgicaux, de maladies psychiatriques ou d’hospitalisation de moyen et long séjour pour les personnes âgées.
70 000 consultations y sont effectuées par an.
Bref, un bel hôpital dont on peut être fier.
Mais voilà que la visite du président vient tout perturber.
Demain, il n’y aura pas de consultations, c’est-à-dire que plus de 100 patients vont devoir attendre la semaine prochaine pour se faire examiner et traiter…
Depuis lundi dernier, l’hôpital est « en état de siège » pour sécuriser de larges périmètres autour des lieux de visite. Les salariés, mais aussi les riverains, se font contrôler et re-contrôler. Les familles ne peuvent plus rendre de visite aux patients hospitalisés, même aux plus âgés d’entre eux…
Les personnels sont invités demain à prendre des congés, et selon un représentant syndical, « ceux qui viendront travailler devront présenter une pièce d’identité, leur carte professionnelle et une fiche de paie »…
Un chapiteau a été dressé dans la cour de l’hôpital pour le coût de 70 000 euros.
Il doit abriter une réception de 2 000 convives dont le seul buffet atteindra la somme de 60 000 euros.
Ces festivités paraissent pour le moins déplacées quand on sait que leur coût total proche de 200 000 euros –somme qui représenterait le salaire de huit infirmières pendant un an- sera imputé au budget de l’hôpital, déjà déficitaire.
On ne peut s’empêcher de souligner la maladresse de cette réception somptuaire, alors que le forfait hospitalier va augmenter, que des médicaments ne vont plus être remboursés, que le déficit de l’Assurance maladie se creuse de jour en jour et que la loi Hôpital, patients, santé et territoires fait naître les plus vives inquiétudes sur le démantèlement de notre protection sociale.
Si son attitude n’est pas le fait de provocation, à tout le moins le sens de la mesure ne constitue pas la première vertu du président de la République.
mercredi, 16 septembre 2009
Une pluie de claques
« Tout le monde sait que les tests ADN ne servent à rien. Et en plus, on s’est entouré de critères qui empêchent que ce soit efficace ». Ainsi parla Nicolas Sarkozy le mardi 15 septembre 2009…
Quelle nouvelle claque pour Brice Hortefeux qui s’était illustré en 2007 comme ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale en imposant les tests ADN dans le cas du regroupement familial des familles d’immigrés !
Et quelle claque pour Thierry Mariani qui avait voulu ancrer la politique de la France aux confins de l’extrême droite par cet amendement, créant à l'occasion une vive émotion dans l’opinion publique !
Quelle claque pour la majorité présidentielle qui aujourd’hui se voit désapprouvée par le chef de l’Etat alors qu’elle était montée au créneau comme un seul homme pour trouver les argumentaires les plus affutés afin de défendre ce dispositif qui faisait soi-disant ses preuves en Europe et dans le monde entier!
Bien sûr, les réfractaires à cette géniale idée, fussent-ils « de droite », étaient taxés d’incompétence voire de ringardise!
Quelle claque pour le Conseil constitutionnel qui s’est réuni longuement pour statuer et imposer des garde-fous à cette loi pour laquelle on ne le sentait pas particulièrement enthousiaste !
Quelle claque pour la démocratie quand on voit au temps « T » un Président défendre un texte formidable et au temps « T+1 », les parlementaires, ceux qui sont montés au front plus par obéissance que par conviction, désavoués par un ministre ex-socialiste qui semble avoir l’oreille du même président !
Quelle claque pour l’image de la France, et quelle crédibilité peut-on accorder au capitaine du navire qui vire de bord à180° !
Les tests ADN ont rejoint les promesses du pouvoir d’achat. Qu’en sera-t-il demain de la taxe carbone, du plan de relance ou du grand emprunt ?
A quelques jours du G20, les autres chefs d’Etat vont se méfier des engagements de la France et accueillir avec circonspection les propositions du président français !
Et si toutes ces claques n’étaient que le fruit d’un calcul politique très élaboré ?
Au moment où le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, est éclaboussé par une polémique mal gérée, amplifiée par des explications « alambiquées », son successeur à l’Immigration, Eric Besson, après s’être montré si zélé qu’on avait presque oublié qu’il fut socialiste, envoie un message de correction pour rassurer l’opinion publique à quelques mois des élections régionales.
Il faut dire que ce besogneux de la politique n’a peur de rien. Il ose même alpaguer les pauvres parlementaires UMP, déjà reniés, en leur indiquant à l’occasion de la réunion du groupe : « J’ai l’impression que c’est comme au PS. Les compliments sont privés, les critiques publiques ».
Cette histoire témoigne du grand danger qu’encourt la France aujourd’hui :
- un parlement à la botte, qui, après avoir tenu un semblant de débat, se fait désavouer ;
- un ministre qui s’arroge de nouvelles prérogatives institutionnelles ;
- un président qui n’a de cesse de se contredire, préférant les « coups » politico-médiatiques, parfois « tordus », à une vraie conduite des affaires de l’Etat cohérente et réfléchie ;
- et que dire des médias, dont on sait qu’ils ne sont pas libres, pour preuve la récente attitude des rédactions de La Chaîne Parlementaire et de Public Sénat qui n’ont pas osé diffuser les images de Seignosse confondantes pour Brice Hortefeux !
Cependant, qu’on ne s’y méprenne pas ! Tous ceux qui, comme moi, les ont combattus (blog du 26 novembre 2007) parce qu’ils les trouvaient contraires à notre histoire autant qu’à notre pacte républicain, sont heureux de voir ces tests ADN disparaître.
Mais, à ce rythme, avec une pratique aussi inconsidérée et aussi dangereuse du pouvoir, il est à craindre que François Léotard ait raison lorsqu’il annonce que « Ca va mal finir ».
lundi, 14 septembre 2009
Puisque c'est l'image qui fait l'opinion...
Il faut reconnaître au président de la République une certaine propension à se mettre en scène et à cultiver son image.
Je ne veux pas faire référence à la télévision belge et aux allégations de celle-ci concernant la visite du 2 septembre dernier à Flers de l’Orne sur le site de Faurecia où les figurants auraient été choisis en fonction de critères physiques. Ce qui me semble dépasser l’entendement et priver l’action politique sinon de taille du moins de hauteur.
Si j’en crois Profession politique, « Nicolas Sarkozy ne veut aucune interférence franco-française au moment du G 20 à Pittsburgh les 24 et 25 septembre. Ce sommet doit permettre au chef de l’Etat d’apparaître comme le grand régulateur de l’économie sur la scène internationale et aux yeux des Français. C’est pour cela qu’à l’Elysée, on considère déjà que le « timing » n’est pas idéal puisque le 21 septembre marque le début du très médiatique procès Clearstream »…Il est vrai qu’il a donné une telle dimension à cette affaire que le sommet international risque d’ être ainsi relégué au second plan de l’actualité .
En l’occurrence, le Président ne peut s’en prendre qu’à lui-même, sauf à fausser compagnie à ses 19 collègues comme il commence à les en menacer s’ils ne se plient pas à ses décisions.
On l’aura compris, et depuis longtemps, Nicolas Sarkozy veut passer tous les jours dans les lucarnes de la TV. C’est ainsi qu’il gouverne la France.
L’homme qu’il exècre, son rival, celui à qui il semble avoir promis un destin funèbre suspendu à un croc de boucher, se bat depuis peu sur le même terrain.
Depuis vendredi dernier, où il s’est exprimé avec calme et brio chez Jean-Pierre Elkabbach, Dominique de Villepin intervient tous les jours sur les ondes ou dans des émissions télévisées.
Ce procès lui donne une tribune qui pourrait modifier le cours du destin, le cours de l’histoire.
La fin de cette histoire serait déjà écrite puisque le procureur a livré ses conclusions15 jours avant le début du procès, puisque tous les témoins, enfin les bons, les choisis, ont révélé à tout vent toutes les charges qui pesaient sur l’ancien Premier ministre.
L’histoire me fait penser à Philippe Séguin lors d’un meeting de février 1995. Il ne m’en voudra pas de tenter de le paraphraser : « Arrêtez donc de croire qu’il va y avoir un procès ! Arrêtez de croire qu’il va y avoir un débat, des explications…. La victime a déjà été auto-désignée. Proclamée. Fêtée. Adulée. Elle est élue. Il n’y a plus à le choisir. Il n’y a qu’à le célébrer. Circulez, il n’y a plus rien à voir »…
Face à ce déferlement, Dominique de Villepin reste l’homme des 3 D comme l’écrit Denis Bonzy sur Exprimeo : debout, digne, décidé.
De plus, il se permet à juste titre de s’exprimer sur ce qui est le plus important à ses yeux : l’état de la France. Personne ne peut lui contester son immense expérience et le succès qu’il remporta dans les affaires extérieures, ni ses compétences comme ministre de l’Intérieur, et comme Premier ministre.
Il « appelle de ses vœux une vraie politique industrielle, une vraie politique de compétitivité et d’innovation »
Il rappelle qu’il avait « mis en place les outils, entre 2005 et 2007, les pôles de compétitivité, l’agence de l’innovation…. Si on avait poursuivi dans cette voie, on aurait peut-être trouvé des outils qui seraient aujourd’hui très utiles, dans la période actuelle »…
Et là où il manifeste son élégance, c'est quand il se montre « fair-play », sportif, vrai sportif, quand il salue la formidable énergie de Nicolas Sarkozy, le succès que celui-ci a obtenu auprès de l’Allemagne et de l’Angleterre pour, « avec cette masse critique, essayer de convaincre les Américains » sur la voie de la régulation financière et l’encadrement des bonus.
De même lorsqu’il rend hommage aux « premiers pas de la fiscalité verte » grâce à la taxe carbone.
A vrai dire, ce procès permet de diffuser les valeurs du « Villepinisme ». Comme le dit Jacques Le Guen, : « nous avons des racines gaullistes, nous sommes très attachés à l’indépendance de la France sur la scène internationale …Nous sommes pour une action politique régulatrice et interventionniste. Nous acceptons l’économie de marché mais nous pensons, à l’instar de Jacques Chirac, que les dérives du libéralisme peuvent être aussi préjudiciables que celles du communisme ».
Puisque l’image fait l’opinion, profitons de toutes les interventions de Dominique de Villepin pour faire connaître ses positions sur ces sujets essentiels pour notre pays.
Pour le reste, laissons faire la justice !
vendredi, 11 septembre 2009
Chassez le naturel...
On peut s’interroger sur le naturel de Brice Hortefeux, autant sur ses propos « racistes » qui font l’objet d’une violente polémique,que sur sa défense brouillonne qui étale l’absence de maîtrise de la situation, manque de sang-froid redoutable pour un ministre de l’Intérieur.
Je ne reviendrai pas sur l’objet de la controverse qui, à l’occasion du campus de l’UMP à Seignosse, montre le ministre dans une situation embarrassante. A la suite des propos d’une militante concernant un jeune UMP d’origine maghrébine, il rétorque « Il ne correspond pas du tout au prototype….Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup que ça fait des problèmes »…
Il est vrai que ces paroles s’ajoutent à d’autres propos plutôt malencontreux, tels que ceux proférés sur M6 en novembre 2007, lorsqu’il s’exprimait au sujet des « sans papiers » en temps que ministre de l’Immigration : « ben, si vous rêvez d’une société idéale dans laquelle il n’y aurait que des citoyens honnêtes, propres … la vérité c’est que c’est un combat permanent »…
Ou à ceux, pas mieux venus, en 2008, lorsque devant des élus locaux prônant la diversité, il confesse avoir rencontré, sur une aire d’autoroute, cinq personnes noires. « Comme elles ont l’air de me reconnaître, je vais vers elles pour les saluer et je leur demande :
-Vous êtes d’où ?
-de Caen,
-oui, d’accord, mais d’où ?
-ben, de Caen.
Heureusement j’ai compris à temps et je n’ai pas insisté. C’est là que j’ai compris toute la profondeur de ma mission ».
On l’aura "compris" l’ancien ministre de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale n’en est pas à son premier dérapage, mais jusqu’alors, il avait su se dégager de situations périlleuses.
Aujourd’hui, en guise de défense, Brice Hortefeux fait règner la plus grande confusion sur les justifications de cette bourde.
D’abord, le ministre parle de photos qu’on ne cessait de lui demander : « une, ça va….. », puis il annonce qu’il parlait des « Auvergnats ». Ce rattrapage paraît encore plus maladroit, car il témoigne de sa pensée à défendre des critères incompatibles avec notre si fragile égalité républicaine.
Les Auvergnats apprécieront…
Autre signe d’affolement : ces déplacements non programmés mais dont la symbolique n’échappe à personne : hier soir au commissariat de saint Ouen, aujourd’hui à Vénissieux pour y visiter un centre de …déminage, en compagnie de la secrétaire d’Etat aux Aînés, élue de la diversité de service…
Il aurait été plus sain, plus élégant, plus rassurant de reconnaître ce faux pas, à l’instar de Jacques Séguéla ce matin sur les ondes de France Info qui disait avoir commis un impair en annonçant que « si à 50 ans, on n’a pas une Rolex, on a raté sa vie »….Et cet aveu est plutôt sympathique.
Là, notre pauvre ministre affiche une attitude contraire .Il se justifie de façon maladroite, soutenu par le Premier ministre qu’il entraîne dans le ridicule.
Il prête ainsi le flanc à l’opposition qui n’en demandait pas tant, surtout après la mise à la retraite anticipée du préfet Paul Girot de Langlade soupçonné d’avoir tenu des propos racistes. Lequel ne se prive pas pour demander la démission du ministre. « Je me dis que le plus raciste des deux, ce n’est pas moi. Je souhaite qu’il vienne me rejoindre, comme ça au moins, on sera deux ».
Le ministre de l’Immigration et de l' Identité nationale s’était déjà illustré en réclamant des tests ADN pour les candidats au regroupement familial, puis il s’était senti embarrassé par les trop bons chiffres de reconduites hors de nos frontières de 29 796 étrangers sans-papiers en 2008, alors que le président ne lui en avait demandé que 28 000…
Difficile, dans ces conditions, de se refaire une virginité d’anti-raciste, comme dirait le préfet.
mercredi, 09 septembre 2009
Inquiétudes.
La lecture de la presse, relatant le récent voyage de Nicolas Sarkozy au Brésil, ne peut manquer de laisser perplexe, pour trois raisons.
La première consiste en la vision hyperbolique qu’il a de son action. Concernant « sa »taxe carbone qui « restera au Panthéon des réformes pionnières de la Vè République » : « toute grande réforme nécessite un effort d’explication. Quand la décolonisation a été engagée, elle a d’abord conduit à des polémiques extrêmement violentes ! Aujourd’hui, qui la remet en cause ? ». Il n’ hésite pas non plus à comparer cette fiscalité de dissuasion à l’élection du président au suffrage universel ou à la suppression de la peine de mort…
Immodestie ou « débridement esthétique » ?
La deuxième relève de ses accès de colère. Certes, les Français se sont habitués à ses écarts de langage et à son irrépressible envie de décocher des traits blessants, même envers ses amis. Mais un chef d’Etat se doit de rester impavide. C’est au pire de l’indifférence, au mieux de l’élégance. « Je suis maître de moi comme de l’univers. Je le suis. Je veux l’être »…Voilà un empereur romain qui ne peut qu’inspirer la confiance à ses sujets.
Soyons sans crainte, Nicolas Sarkozy n’est pas Auguste, et ses débordements inspirent la peur. Mais peut-être est-ce le but recherché ?
Colérique, c’est bien ainsi que nous le décrivent les journalistes qui l’accompagnaient au Brésil : « on prête à Sarkozy de terribles colères en privé contre ceux qu’il soupçonne d’avoir glissé son nom » ou plutôt « son patronyme de Nagy Bosca » dans les listings de Clearstream.
Il terrorise et semble en tirer une certaine jouissance.
Jusqu’où peut-il « terroriser », et pas seulement les terroristes pour reprendre l’expression de son prédécesseur Place Beauvau… ?
Le troisième sujet de surprise concerne son attitude dans cette affaire intérieure française où il est partie civile : il fait, de l’étranger, des déclarations d’avant-procès, dans des propos qui semblent destinés à peser sur le cours de la justice….La haine justifie-t-elle tout dérèglement ?
Mais ces inquiétudes ne concernent pas seulement la personne du président. Elles se rapportent aussi et surtout à la France.
Qu’est devenue l’indépendance de la justice ? Où se situe la séparation des pouvoirs ? Quel pouvoir conserve le Parlement ?
Les députés de la majorité vont-ils résister longtemps à leur attitude schizophrénique qui leur fait adopter à l’Assemblée ce qu’ils critiquent dans leurs circonscriptions sous l’influence de leur électorat ?
A l’heure où les citoyens réclament d’être associés aux décisions publiques, combien de temps le Président pourra-t-il exercer son pouvoir personnel si peu conforme à nos institutions ?
« J’étais égoïste, dépourvu de toute humanité, inattentif aux autres, dur, brutal…Mais j’ai changé », voilà ce que confessait Nicolas Sarkozy à Catherine Nay avant l’élection présidentielle.
La question est : a-t-il vraiment changé ?




