samedi, 18 avril 2009

"De toutes les manifestations du pouvoir, celle qui impressionne le plus les hommes, c'est la retenue"(Thucydide).

La retenue voilà une qualité dont Nicolas Sarkozy ne peut se prévaloir. Et pourtant non seulement cette qualité lui confèrerait une stature qui lui donnerait une meilleure image chez nos concitoyens, mais surtout, elle éviterait à la France d’être devenue la risée de la presse étrangère.

 

Comment, après une présidence du Conseil européen qui s’est déroulée avec un certain panache, peut-il anéantir en un déjeuner avec 24 parlementaires tout son travail, toute la respectabilité de la France, toute notre dimension internationale.

 

Il y aura désormais dans l’Histoire de France l’avant et l’après Sarkozy.

 

Avant : le Général de Gaulle, le traité de Rome, la construction européenne, VGE, François Mitterrand immortalisé à tout jamais main dans la main avec Helmut Kohl, Jacques Chirac, son dialogue des cultures, son engagement pour les pays en voie de développement et sa politique internationale qui aura marqué un désir de paix bien difficile à affirmer au milieu d’un monde mouvant et sans repères.

 

Après le 6 mai 2007: Astérix et ses gaulois qui n’arrêtent pas de boire la tasse, à défaut de potion magique.

 

Mais pour qui se prend-il notre chef pour donner des leçons au monde entier ? Il est vrai qu’il a l’excuse d’être  conseillé par ce grand ministre aux Affaires étrangères, qui annonçait à propos de l’Iran : « nous avons peur de la guerre, et nous n’en voulons pas » (ouf !).

Déjà, la France avait avalé la couleuvre de la visite du Colonel Kadhafi en remerciement de la libération des infirmières bulgares.
Puis ce fut la valse-hésitation avec le Dalaï-Lama et le mépris dans lequel nous tient le président Hu-Jintao.

Ne parlons pas de la décision personnelle de faire réintégrer la France dans le commandement de l’OTAN.

 

Bref, non seulement le président Sarkozy n’en fait qu’à sa tête, mais en plus, conscient de sa supériorité, il  distribue les bons points, ou plutôt les mauvais à ses collègues chefs d’Etat car il n’y a que lui pour réussir pleinement.

 

Ne serait-il pas, cependant, un peu jaloux de Barack Obama qu’il considère comme un débutant, « lui qui n’a jamais géré un ministère de sa vie » ?

Est-il bien habile à quinze jours de sa visite en Espagne de juger José Luis Zapatero « peut-être pas très intelligent » ?

 

Le monde est-il assez stable pour se moquer des dirigeants des autre pays ?

 

Notre commerce extérieur est-il à ce point excédentaire  pour vitupérer sur les autres économies ?

 

De plus, les Français n’ont pas eu l’habitude de voir l’homme qu’ils ont élu se comporter avec une telle « brutalité » comme l’épingle le Daily Telegraph : une personnalité « pas réputée pour son tact » et « réputée pour sa brutalité »….

« Les Français ne se reconnaissent plus eux-mêmes ni ne reconnaissent leur pays » a écrit Jean-Marie Rouart dans son dernier ouvrage antérieur à ce funeste déjeuner , ouvrage qu'il a intitulé « cette opposition qui s’appelle la vie »!

mardi, 14 avril 2009

On ne peut pas être à la fois au four et au moulin.

Tel était un précepte de ma grand’mère, solide agricultrice de l’Orne, qui fustigeait toute tentation de se prétendre  en deux endroits à la fois.

 

Cette femme pleine de bon sens a dû inspirer sa petite fille qui approuve complètement le flot de protestations contre le cumul des mandats, exception bien française, totalement impensable aux Etats-Unis, et à peine permise chez nos voisins européens.

Et pourtant, alors qu’ils étaient 30 % sous la Troisième République à cumuler les fonctions de parlementaires et de maires, les élus de la Quatrième République cumulaient ces postes à 50 %, et en 2003, seuls 62 sénateurs sur 321 n’exerçaient que leur seul mandat (19%), comme 53 députés sur 577 (9%). Gageons qu’en 2009, le pourcentage ne s’est guère amélioré !

 

Il paraît qu’il s’agit d’une « pathologie civique française ».

Pour éradiquer le mal, ce n’est pas compliqué, il suffit d’une loi. Tous les citoyens, les medias sont d’accord. Le problème est qu’on n’a jamais vu des parlementaires se tirer une balle dans le pied, et que nos députés et sénateurs  ne vont pas se faire hara-kiri, et venir assez nombreux à l’Assemblée ou au Sénat pour décider d’eux-mêmes une limitation de leurs pouvoirs.

Ils fuient les couloirs pour des votes moins personnels.

Tous, de droite ou de gauche, pensent que pour exercer correctement leur mandat national, ils se doivent d’avoir une assise locale sous la forme d’un mandat.

Lorsqu’on leur rétorque qu’ils n’ont qu’à tenir leur permanence, ils vous regardent comme si vous aviez dit une insanité.

Alors, d’accord. Qu’ils gardent leur mandat local, mais qu’ils abandonnent les indemnités afférentes.

Ce serait beau et méritoire, et somme toute logique, d’exercer à titre BENEVOLE, ce second mandat. Voilà d’ailleurs une source d‘économies !

 

 

Voilà aussi une façon d’assainir les élections municipales et les assemblées des représentants d’intercommunalité.

« Une  tête, un mandat ». A ce moment là, il y aurait plus d’élu(e)s pour d’autres postes.

Car cette interdiction du cumul est la seule façon de renouveler le paysage politique français, et de passer au travers des magouilles des partis politiques qui verrouillent les investitures.

Les responsables seront bien obligés de faire appel à d’autres candidats, d’autres candidates, qui ne seront ni des alibis ni des potiches.

Pour faire une campagne électorale, surtout pour un scrutin uninominal, il faut avoir le courage d’aller chercher les électeurs un par un…

 

Aujourd’hui, Dominique Perben, ancien ministre, s’est exprimé dans ce sens, disant sur les ondes qu’un maire ne pouvait exercer son mandat correctement s’il devait répondre par ailleurs aux sollicitations du Parlement.

Je suis sure que les députés absents de l’Hémicycle jeudi dernier, auraient eu bien du mal à se trouver des excuses s’ils n’avaient endossé que leur seul mandat national.

 

On me dit que cet absentéisme constituait un prétexte, tellement leurs jeunes électeurs les avaient dissuadés de voter la fameuse loi Hadopi.

Raison de plus. Ils devraient alors faire preuve d’imagination pour trouver un autre faux-fuyant.

 

On me dit aussi qu’il conviendrait de les rémunérer sous la forme de jetons de présence.

Chiche !

Et que l’on commence dès maintenant à rémunérer les Conseillers de Paris en fonction de leur présence physique dans les commissions et lors des séances de Conseil, et que bien sûr, on interdise à tout conseiller de Paris de prévoir d’autres activités qui le mettraient hors circuit pendant plus de deux séances.

Mais je n’ai pas de souci à me faire. Les collègues qui m’ont fait suite s’amusent trop pendant les débats pour manquer ceux-ci et ils sont bien trop honnêtes pour déroger aux règles de l’assiduité, sous peine, comme sous l’Ancien Régime, de « perdre les privilèges de leur rang par l’exercice de certaines activités ».

 

 

vendredi, 10 avril 2009

Qu'est-ce qu'on se marre dans les hémicycles....

A l’Hôtel de Ville de Paris à droite le mardi, à l’Assemblée Nationale à gauche le jeudi.

 

Il faut dire qu’ils n’étaient guère plus nombreux dans l’une ou l’autre assemblée.

 

Le mardi, Alain Destrem, élu du 15ème arrondissement, que la presse a étiqueté « déconneur dans l’âme », s’esclaffait devant une photo de Ségolène Royal revêtue d’une tenue locale africaine. On le voit faire partager son hilarité au maire du 15ème, à la garde des Sceaux, à ses collègues élues qui n’ont pas l’habitude de se « lâcher », au secrétaire départemental UMP, bref à tout le gratin (très, très réduit) de l’UMP, essentiellement représenté par le 15ème arrondissement.

Il expliquera sa gaité à un journaliste en disant avoir retrouvé « sa femme de ménage » en la personne de l’ancienne candidate socialiste habillée de son boubou bleu. Propos racistes, misogynes ? à coup sûr scandaleux …Mais, Monsieur Destrem n’a jamais « fait dans la dentelle », si tant est qu’il ait fait quelque chose ….Et au conseil d’arrondissement, je l’ai plus souvent entendu manier l’invective, même à l’encontre des élus de son bord, que faire des propositions constructives. On dit qu’il a « retiré ses propos », ce qui ne l’a pas empêché de les nuancer en poursuivant que « tout ceci m’est apparu éloigné de l’image que l’on peut avoir d’une femme politique d’envergure »….

Si ces paroles ne desservaient le 15ème arrondissement (qu’il n’habite pas), le Conseil de Paris et la classe politique dans son ensemble, on pourrait le laisser au rôle de « bouffon » qu’il s’est donné, personnage dont «  la fonction était d’amuser  la cour des nobles », pour « chasser l’ennui des heures languissantes qu’ils étaient obligés de passer dans leurs châteaux » (Walter Scott) en l’occurrence l’Hôtel de Ville… Car telle est bien l’image de cette partie de l’hémicycle qui sur la video n’apparaît pas, et de loin, motivée par les débats et le sort de ses concitoyens.

 

Le jeudi suivant. Assemblée Nationale. 13 heures 15. La loi « Création et Internet » va être adoptée après avoir été votée puis visée par la commission mixte paritaire.

D’ailleurs, le président de la République a remercié ses troupes, le matin même, lors du petit –déjeuner de la majorité, et s’est félicité d’avoir mené à bien ce « texte majeur ».

Le Point, sorti hier jeudi, félicitera, lui, la ministre de la Culture pour l’adoption du texte….

Patatras, au moment de l’adoption de ce « texte majeur », il n’y a que 15 députés UMP présents dans l’Hémicycle pour voter favorablement, tandis que 21 autres votent contre le projet de loi.

C’est la quatrième fois sous la Vème République que pareil incident se produit, le dernier datant du 9 avril 1983 (projet de loi pour la démocratisation du service public).

Où étaient donc passés les 300 députés de la majorité? Terminaient-ils leur petit-déjeuner ? Les uns seraient restés dans leur bureau, les autres vaquaient à leurs occupations personnelles. Frédéric Lefebvre qui devait intervenir au nom du groupe était « parti déjeuner »

Beaucoup étaient mal à l’aise pour voter ce projet,  et avaient préféré continuer les débats à la buvette.

Et pendant ce temps, que croyez-vous que faisaient les députés de l’opposition ?

Ils se cachaient derrière les colonnes, sous les escaliers, ils étaient tapis quasiment en embuscade. Ils ont déboulé dans l'hémicycle au moment du vote et ont pris l'ennemi par surprise! 

Il faut voir leur explosion de joie lorsque le président de séance proclame le résultat du vote !

En fait, les internautes ont exercé une telle pression que s’il y avait eu un vote solennel, beaucoup de députés de la majorité se seraient abstenus. Bah, c’est ce qu’ils feront lorsque le texte leur sera de nouveau proposé. Car telle est notre démocratie : quand un texte est rejeté, il faut le remettre sur le métier jusqu’à son adoption.

 

Le dicton du jour : « A l’UMP, qui rit mardi, jeudi pleurera »

 

mardi, 07 avril 2009

Deux grands présidents se penchent sur les pays pauvres.

Comme on me dit obsessionnelle pour ne parler que des hommes politiques que j’admire et pour lesquels je serais prête à reprendre sur le champ mon bâton de pèlerin, je veux souligner aujourd’hui l’excellente intervention de Bill Clinton sur Europe 1.

Cet ancien président des Etats-Unis fait le tour du monde au nom de la « Clinton Foundation » afin de venir en aide aux malades du sida, de la malaria et de la pauvreté en Afrique.

Il souhaite mettre en place des systèmes de santé sur ce continent déshérité où les malades sont les plus nombreux et les médicaments trop chers pour eux.

Il aurait pu reprendre le mot: « les malades sont au Sud et les médicaments au Nord », phrase qui dénonçait le fossé entre les pays riches du Nord et les pays déshérités du Sud.

Il est aidé dans son parcours par Philippe Douste-Blazy, ancien ministre de la santé, actuellement secrétaire général adjoint des Nations Unies, en charge de UnitAid, association qui a pour but de trouver des financements innovants concernant ces trois fléaux. A ce sujet, il a mis en exergue la taxe sur les billets d’avion, voulue par Jacques Chirac  pour soutenir les mêmes causes.

Est-il normal que dans ces pays, chacun dépense pour sa santé 24 dollars, alors qu’en France, la dépense moyenne par habitant est de 4 000 dollars ?

Bill Clinton veut aussi augmenter la capacité des pays pauvres à se nourrir correctement et à gagner plus d’argent.Il est d’accord avec le président Lula qui pense que plus que le terrorisme, c’est la faim qui risque de déstabiliser le monde.

C’est très exactement ce qu’a dit Jacques Chirac dans la tribune de Libération du 1er avril dernier :  « Le piège se referme sur les pays pauvres. Ils sont importateurs de presque tout, exportateurs de presque rien ….Certains pays n’ont plus devant eux que quelques mois d’importation….La Banque mondiale estime que 44 millions de personnes sont menacés de malnutrition en raison de la crise et de la hausse des prix alimentaires. C’est un tragique retour en arrière….

Le risque de faillite approche pour beaucoup d’Etats. Ces faillites déstabiliseront encore plus un système mondial déjà fragile. Ne pas agir maintenant, c’est créer les conditions d’un désastre économique dans les pays les plus vulnérables. C’est laisser monter un terrible sentiment d’abandon et d’injustice, qui irrémédiablement viendra nourrir l’immigration de désespoir, les incompréhensions profondes, mais aussi la violence extrême à l’échelle planétaire ».

C’est très exactement le sens des propos de Bill Clinton.

Tous deux se félicitent de la tenue du G 20 qui « constitue un pas positif dans la bonne direction… Il faut maintenant s’assurer que les moyens qui ont été envisagés soient bien affectés à ce que l’on a prévu ».
Rien d’étonnant que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon salue « la contribution à la paix et à la stabilité dans le monde » de notre ancien président.

lundi, 06 avril 2009

François fait tout comme Dominique...

Comme il est écrit dans Le Monde des 5 et 6 avril, « le président du MoDem dispute au PS le rôle de premier opposant à Nicolas Sarkozy ».

Mais voilà, il se sent un peu seul…

 

Alors, il veut faire connaître son désaccord avec le président de la République, et publie un livre à la fin du mois d’avril…

 

Alors, il brocarde la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, la jugeant inutile et aliénant notre devoir d’indépendance.

 

Et il regrette de ne pas avoir eu de contact avec Dominique de Villepin depuis deux ans : « je parlerai volontiers avec lui ». En voilà une bonne idée !

 

Les deux hommes vont pouvoir afficher leurs points communs : le Manifeste pour une cité des hommes écrit par Dominique de Villepin sortira le 11 avril en librairie.

 

Dominique de Villepin s’est produit dans les différents médias pour dénoncer la politique atlantiste de la France, encore que pour lui, l’OTAN ne réponde plus à sa vocation première qui était d’assurer la paix dans les pays de l’Atlantique Nord . C’est devenu « une organisation un peu fourre-tout, engagée dans une fuite en avant, sans décision claire…. qui agit un peu partout » (La Matinale de Canal+ du 6 avril).

 

Pour répondre à François Bayrou, l’ancien Premier Ministre juge « important que les hommes puissent se voir », surtout lorsqu’ils ont des convictions communes. Pour lui, le message essentiel est l’exigence de justice sociale, sans cette justice sociale, il n’y aura aucune solution aux problèmes qui agitent la France. Ce ne sont pas le code éthique du MEDEF ou le décret gouvernemental « tiède » qui vont apaiser les tensions sociales dans notre pays..
Il faut choisir les réformes les plus efficaces, les principes clairs qui rassemblent…

 

Le président du MoDem, de son côté,  pense que « depuis qu’il est élu, Nicolas Sarkozy conduit une politique d’inégalités ».

« Le jour où l’on voudra construire une politique différente en France, il faudra qu’acceptent de travailler ensemble des courants républicains différents, démocrates, socialistes, gaullistes ».

 

Bref, ce serait bien que François Bayrou rejoigne vite Dominique de Villepin !

 

jeudi, 02 avril 2009

Dominique de Villepin et son amour pour la France.

Malgré une actualité internationale et nationale féconde , entre les préparatifs du G20 et les « jacqueries » ouvrières qui fleurissent un peu partout en France, malgré la volonté du Président de la République et de son entourage de traiter la manifestation de non-évènement, le colloque de Dominique de Villepin, hier en fin d’après-midi, sur « La France et l’OTAN », a fait salle comble à l’Assemblée Nationale.

 

Il s’est bien défendu de vouloir faire parler le général de Gaulle et pourtant, lorsqu’il compare la France à une mère qui ouvre ses bras à l’Est mais aussi à l’Ouest, aux pays du Nord comme aux pays du Sud, on retrouve les accents du Général.

 « Mon dessein consiste donc à dégager la France, non pas de l’Alliance atlantique que j’entends maintenir, mais de l’intégration réalisée par l’OTAN sous commandement américain ; à nouer avec chacun des Etats du bloc de l’Est et, d’abord avec la Russie des relations visant à la détente et à la coopération ; à en faire autant le moment venu avec la Chine »…( Mémoires d’espoir).

De même lorsqu’il souligne le « rôle de la France au sein du monde ». Pour lui, le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN est une « rupture avec l’héritage gaulliste », une « décision inopportune et dangereuse », une décision « à contretemps », « à contresens », « à contre-emploi ».

Les utopistes conviennent qu’il faut tenir «  le pari » du bien-fondé du retour de la France dans ce commandement intégré. Dominique de Villepin les avertit que « les enjeux sont lourds ».

« Dans la vie, vos actes vous suivent, chacun est comptable de ses actes… Et les Français auront leur mot à dire ».

 

Pendant 45 minutes, habité par ses convictions, le sens de l’intérêt général, son amour de la France, Dominique de Villepin a tenu l’assistance en haleine, suspendue à sa démonstration.

Il y avait du Victor Hugo dans cette salle éponyme avec son héros, sa grandeur, sa volonté de porter la France vers la lumière…

 

Quoi qu’en aient dit les médias, il n’a jamais prononcé le nom de Nicolas Sarkozy. Seules quelques fines allusions  à une politique de la chaise vide pas toujours cohérente de la part du Président de la République, ou des problèmes protocolaires concernant une place sur la photo ont fait rire la salle.

 

Dominique de Villepin voulait convaincre. Son tempérament est celui du rassembleur, ce qu’il se plait à dire depuis toujours. « Notre défi, c’est de réussir la réconciliation ».

Nous sommes bien loin des propos haineux qui « renvoient à un supplice que les nazis réservaient aux ennemis du IIIè Reich », les fameux « crocs de boucher »qu’aurait prononcés le chef de l’Etat (JC Maurice. Si vous le répétez, je démentirai).

Il me plaît plus de terminer par ces mots  de Dominique de Villepin dans Le Requin et la Mouette : « La France, puissance moyenne, nation comme les autres ? Non, mais puissance au service des peuples, puissance attendue, espérée et entendue, éprise des valeurs de tolérance, de démocratie et de paix. Puissance au service d’un universel qu’elle a défendu au fil des siècles par les armes et par les lois, et qui ne peut vivre aujourd’hui que de respect et d’échange »…..

 

 

Puisse cet amour pour la France conduire Dominique de Villepin à revenir très vite sur la scène politique

 

 

dimanche, 29 mars 2009

De la parité à la diversité

Tel était le sujet de l’excellente table ronde du colloque européen intitulé : « 1999-2009, l’enjeu de la parité »organisé par Ellesaussi au Sénat . Cette table ronde était animée par Réjane Sénac-Slawinski enseignante –chercheure au CNRS, avec Muguette Dini, sénatrice du Rhône, Armelle Le Bras- Chopard, professeure agrégée de science politique et Geneviève Fraisse, philosophe et historienne du féminisme.

Pour Muguette Dini, la parité n’est pas la diversité, puisque la parité n’est que la juste reconnaissance du fait que la société est composée de deux sexes qui la composent à égalité.

La parité ne peut être diluée dans la diversité.

La diversité se construit sur la reconnaissance de catégories, en établissant des outils qui ne peuvent être ni vraiment objectifs, ni vraiment pérennes. 

On peut ainsi reconnaître des diversités selon l’âge : jeunes, jeunes adultes, plus de 65 ans, quatrième âge, catégories qui, par définition, ne cessent de se modifier.

Des catégories selon l’emploi : demandeurs d’emplois, premiers emplois, chômeurs, actifs, retraités…

Des catégories socio-professionnelles : ouvriers, fonctionnaires (fonction publique d’état, territoriale, hospitalière…) professions libérales (avocats, médecins), professionnels de santé (médicaux, soignants).

Selon les maladies : sida, maladies rares, maladies chroniques.

Bref la diversité, pour être mesurée nécessite toute une batterie d’outils, définie par dans leurs champs d’action, car elle est multidimensionnelle. « Elle replace les origines dans l’ensemble des facteurs qui modifient les chances d’accès aux biens de toute sorte : éducation, logement, emploi, santé » (François Héran. Le Monde).
Elle n’a donc rien à voir avec la parité.

 

Pour Armelle Le Bras-Chopard, aussi, parité et diversité ne peuvent être assimilées. D’ailleurs, il est bien difficile de dessiner les contours de la diversité, ou de compter toutes les diversités…

La mesure de la diversité devrait conduire à la lutte contre l’exclusion, mais, l’exclusion par rapport à qui, à quoi ?

 

Et  en ce qui concerne la parité, il est vrai que la lutte des femmes s’est apparentée à la lutte des noirs aux Etats-Unis, et que l’on parlait,  il y a peu de temps encore, de l’exclusion des femmes du monde du travail. Mais on voit bien, là, qu’au travers des quotas et de la politique des petits pas, la lutte des femmes pour participer à la vie politique et s’inscrire dans l’avenir, n’a rien à voir avec la constitution de différents groupes qui se reconnaissent ou éprouvent un même « ressenti » avec un risque de repli communautaire.

 

Pour Geneviève Fraisse, il n’y a pas d’égalité sans contrainte, seul le chiffre de l’inégalité fait preuve, et si la parité est un instrument, c’est vrai en pratique, mais faux en théorie.

La parité, c’est le partage de la prise de décision, le partage du pouvoir.
C’est aussi l’égalité, celle qui met en commun le semblable et la différence des hommes et des femmes pour aboutir à une « reconquête démocratique de la représentation politique » (La controverse des sexes).

L’égalité est une valeur souveraine.
La diversité : non.

La diversité finit par poser le problème de l’identité : « qui êtes-vous, vous ? »

 

Dans notre modèle républicain, on peut s’interroger sur le bien-fondé de la notion d’identité qui, comme le définit le Larousse est un « sentiment ressenti par un individu d’appartenir à tel groupe social, et qui le porte à adopter certains comportements spécifiques ».

 

La diversité se différencie, également, des statistiques ethniques qui, elles, sont polarisées sur un seul critère : l’origine de la personne en l’isolant du contexte. Ces statistiques ethniques vont à l’encontre du modèle républicain français et ouvrent la voie à des stigmatisations selon les pays d’origines, la couleur de la peau, la religion, les antécédents …. On voudrait faire s’affronter la population qu’on se s’y prendrait pas mieux…

 

Parité, diversité, la Constitution française a le dernier mot, qui affirme que les citoyens (hommes et femmes) de la République « une et indivisible » sont égaux « sans distinction d’origine, de race ou de distinction ».

 

vendredi, 27 mars 2009

"La communication entre les cultures et les religions est aujourd'hui plus qu'une nécessité"

ainsi s’exprime le président de l’association «  imams de la France » à l’occasion du lancement du projet Aladin par le Président Jacques Chirac, en présence de représentants de 30 pays réunis aujourd’hui à l’UNESCO.

 

Le projet Aladin est un programme éducatif destiné à lutter contre le négationnisme de la Shoah dans le monde arabo-musulman.

Il « est né du constat accablant de la prolifération du négationnisme dans le contexte du conflit israélo-palestinien », parrainé notamment par Jacques Chirac et le prince Hassan de Jordanie.

« « Face à l’ignorance, il faut apporter de la connaissance », selon Anne-Marie Revcoleschi, déléguée générale de la Fondation.

 

La Fondation pour la Mémoire de la Shoah va rendre accessible en arabe, turc et farsi (outre le français et l’anglais) des informations sur la Shoah, le judaïsme et l’histoire des relations judéo-musulmanes, grâce à un site internet www.projetaladin.org et une bibliothèque numérique www.aladdinlibrary.org, dont les premiers ouvrages consultables sont « Le Journal d’Anne Franck » et « Si c’est un homme » de Primo Levi.

 

L’ancien Président de la République, si attentif au dialogue des cultures, soutient ce « combat pour rétablir la mémoire de la Shoah là où elle est niée, effacée, déformée », pour « la faire connaître … sans vouloir faire porter aux pays musulmans une responsabilité qui n’est pas la leur »

« Il n’est pas trop tard. Il n’y a aucune fatalité à la haine » a-t-il continué, lui qui, en 1995, avait reconnu le rôle du régime de Vichy dans la déportation des juifs de France.

 

Tous ont signé « l’appel à la conscience » et soutiennent « l’approfondissement d’un dialogue fondé sur la connaissance et le respect mutuels ».

 

Voilà un bien beau projet et une action intelligente pour la Paix.

samedi, 21 mars 2009

Un discours injuste

« Tout pousse à l’hôpital pour qu’il n’y ait pas de réforme.. Il y a des lobbies puissants, des intérêts contradictoires. Si l’hôpital a été le grand absent des réformes depuis 25 ans, c’est parce que c’est difficile, et pourtant c’est nécessaire… A l’hôpital, il n’y a pas de patron. Ou, plus exactement, il n’y a que des patrons… Il y a des médecins qui s’investissent et d’autres qui sont moins motivés » ….

Voilà pour les praticiens hospitaliers…

Les médecins libéraux ne sont pas mieux lotis : « les médecins de ville devront faire des gardes. La garde fait partie des contraintes, des vicissitudes du métier »….A croire le Président de la République, les médecins sont des irresponsables, qui dépensent sans compter et sans réfléchir .

 

Les médecins sont toujours les mal aimés du pouvoir. Mais le président se trompe lorsqu’il affirme que depuis 25 ans il n’y a jamais eu de réforme : nous devons en être à la cinquième en 18 ans. La dernière réforme, voulue par Jean-François Mattei, mise en musique par Xavier Bertrand, n’est pas encore complètement appliquée, encore moins évaluée, qu’il faut en retricoter une autre.

 

Cette fameuse loi Hôpital, Santé, Patients, Territoire s’inspire néanmoins parfois de bons principes, tel qu’ «un nécessaire renforcement des liens entre la ville et l’hôpital ». Mais il y a longtemps que cette évolution est en marche. Pour preuve la réussite du site de périnatalité Bluets/Trousseau, exemple de partenariat entre deux maternités, l’une publique de l’AP-HP, l’autre relevant du secteur privé non lucratif participant au service public hospitalier.

La convention fondatrice a été signée en 1999 entre la clinique des Bluets qui devait se restructurer et l’hôpital qui accueillait des nouveau-nés sans disposer de maternité.

Les deux établissements ont vu leur activité augmenter, et même l’AP-HP a engrangé un  million d’euros de recettes supplémentaires… Il faut croire que le président de la commission médicale d’établissement (CME) de l’AP-HP n’était pas si nul pour avoir présidé à ce partenariat prometteur.

 

Et pourtant les présidents de CME vont être exclus des prises de décision, ou plutôt participeront aux réunions mais avec seul un  avis consultatif. Et ce,  au profit des directeurs d’hôpitaux qui n’auront peut-être pas la même vision des patients, de la qualité des soins…et signeront directement avec les Agences Régionales de Santé les contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens qui engagent la communauté médicale.

 

Le Professeur Coriat, président de la CME de l’AP-HP peut cependant rassurer l’opinion publique puisqu’il affirme que sa « motivation pour l’efficience n’a pas comme moteur un souci de rentabilité des activités médicales, mais une éthique professionnelle ».

Il prévient d’ailleurs, que « les dépenses de personnel ne doivent pas être une variable d’ajustement budgétaire ».

Cependant, confronté au déficit record de 100 millions d’euros, l’AP-HP devrait envisager près de 700 licenciements en 2009 !

« Une révolution dans le monde sécurisant de la fonction publique hospitalière » pour le Panorama du Médecin. « Et une situation d’autant plus anxiogène que, selon les économistes, c’est l’importance de notre fonction publique (et le nombre de personnes vivant de revenus de remplacement) qui permet à notre pays de mieux résister à la crise comparativement à nos pays voisins ».

 

Une situation qui ne va pas encourager les vocations.

mardi, 17 mars 2009

De l'amnésie au prurit...

Tout se télescope aujourd’hui mardi 17 mars, alors que la Ministre de la santé essaie laborieusement de faire passer la loi qui portera son nom, même si les articles n’ont cessé de se modifier, de s’adapter (un signe d’intelligence ?)… on peut par ailleurs s’inquiéter des trous de mémoire des uns ou du prurit du Président de la République…

 

 « Je n’ai pas été élu pour augmenter les impôts »… Monsieur le Président, comment avez-vous oublié que dès votre arrivée au poste suprême, vous avez créé les franchises médicales qui frappent les plus démunis et sont venues augmenter la masse des impôts, au détriment des patients à hauteur de 850 millions  d’euros…La mémoire, c’est vrai, fait l’objet des travaux de chercheurs que vous ne semblez pas considérer à la hauteur de leur valeur …

 

« S’il y en a que ça démange d’augmenter les impôts, ils oublient qu’on est dans une compétition »…

Quant aux démangeaisons que vous diagnostiquez chez les uns ou les autres, comment les moquer ainsi ? comment pouvez-vous méconnaître les propositions de votre majorité, inquiète qu’à la crise économique qui fait suite à la crise financière, succède une grave crise sociale ?

Les mesures de relance conjuguées au solde négatif antérieur vont amener le déficit budgétaire à 104 milliards s’euros.

 

On ne peut «taxer», si je puis dire, votre majorité de légèreté, ou de manque de clairvoyance. Pierre Méhaignerie, président UMP de la commission des affaires sociales de l’Assemblée, estime qu’il faut faire sortir la CSG et la CRDS du champ du bouclier fiscal. Il défend même l’idée d’une contribution pour les plus riches, « ceux dont les revenus dépassent l’entendement »,  à savoir les ménages qui gagnent « plus de 300 000 euros par an ».

Cette position est soutenue par Hervé Novelli, secrétaire d’Etat au commerce et par Charles de Courson, député du Nouveau Centre. D’ailleurs, en  novembre dernier, Hervé Morin avait déjà proposé de remonter le bouclier fiscal de 50à 55 %.

René Couanau, député UMP d’Ille-et Vilaine et maire de Saint-Malo demande sa suspension, relayé par François Goulard.

 

Même Gérard Larcher, le Président du Sénat, s’est prononcé en faveur d’un débat sur ce thème. « Le bouclier fiscal est une offense à la justice fiscale » pour Jean Arthuis, président UC de la commission des finances du Sénat.

 

Il s’agit, en toute responsabilité de rechercher une justice fiscale capable de répondre à un souci de justice sociale, comme l’a dit Dominique de Villepin.

Celui-ci reconnaît être l’instigateur du premier bouclier fiscal voté fin 2005 pour éviter de devoir s’acquitter de plus de 60% de ses revenus en impôts, pourcentage qui n’incluait pas les cotisations sociales (soit un seuil effectif de 71%).

C’est même Michel Rocard, en 1988, qui en avait conçu la première ébauche lorsqu’il avait voulu plafonner l’ISF à 70% des revenus…

 

En période de crise, il faut savoir  se recentrer et se rassembler  a dit l’ancien Premier Ministre.

Il faut parfois lever le pied, et il sait surement de quoi il parle.

 

« Un homme ne doit jamais rougir d’avouer qu’il a tort, car en faisant cet aveu, il prouve qu’il est plus sage aujourd’hui qu’hier » (Jean-Jacques Rousseau).