mercredi, 16 décembre 2009

Le courage n'est pas là où la tradition le place

 

Mon éducation pré-soixante-huitarde m’a enseigné que le courage était une valeur virile.

Je me doutais un peu de l’inanité de ce précepte.

 

La démonstration flagrante que la société a changé ses repères vient d’en être donnée aujourd’hui.

D’un côté, un ministre dont le nombre des reniements va le faire figurer dans le livre des Records, tellement souvent il " s’écrase".

De l’autre, une députée d’allure frêle, qui défend, bec et ongles, ses convictions profondes et ose ne pas être d’accord avec le Politburo.

 

D’un côté le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, organisateur d’un nouveau tour-operator Paris-Kaboul.

De l’autre, une ancienne secrétaire d’Etat à l’Enseignement scolaire en 1995, lors de la première mandature de Jacques Chirac, Présidente de l’association des Droits de l’Homme, membre du Haut comité pour le logement des personnes défavorisées.

 

Le premier vient de renouveler, cette nuit, son exploit de la reconduite de neuf afghans dans un charter venant de Londres à destination de Kaboul.

Fin octobre, après sa première opération, il avait pourtant déclaré : «  si la situation continue à se dégrader, il n’y aura pas d’autres retours dans les jours qui viennent ».

Un attentat dans le centre de Kaboul le jour même, faisant au moins huit morts, ne l’a pas dissuadé.

Il pense que l’Afghanistan n’est plus une terre de conflit. C’est sûrement parce que son agenda était surchargé qu’il n’a pas osé se montrer cet après-midi, à l’Assemblée nationale, dans les rangs des ministres du gouvernement de François Fillon.

Il aurait pu assister au débat de politique étrangère sur l’Afghanistan, entendre son collègue Bernard Kouchner annoncer que « le nombre d’Afghans accueillis en France serait supérieur à ceux qui doivent partir » , et que la France, pour répondre à l'invitation de Barack Obama, et honorer son retour dans le commandement intégré de l'OTAN, devrait envoyer d'autres militaires afin de pacifier le pays….

Mais:

1/ il n’a pas eu le courage de venir défendre sa politique, et pourtant il bénéficie des plus hauts soutiens, mais il a eu peur de se faire chahuter…Difficile de renvoyer des étrangers dans un pays dit pacifié quand un collègue en même temps y envisage l'envoi de troupes ...

2/le gouvernement est passé outre une décision de justice qui a constaté l’illégalité de la procédure de renvoi.

3/ le porte –parole de l’UMP, par ailleurs, a donné son « sentiment » : « les exilés afghans feraient mieux de faire la guerre » chez eux.

 

C’est alors que Françoise Hostalier, avec un courage très féminin, simplement, a osé dire que ces propos lui rappelaient ceux de la dernière guerre, lorsque de beaux esprits demandaient aux juifs dans les camps de concentration pourquoi ils ne se révoltaient pas puisqu’ils étaient plus nombreux que leurs gardiens nazis.

Il faut rappeler que Françoise Hostalier avait demandé, lundi dernier, au président de la République un "moratoire" sur le renvoi d'Afghans dans leur pays d'origine "tant que la sécurité ne serait pas assurée"...

 

Bravo Françoise.

Tu honores ta génération. Tu restes fidèle à tes convictions et tu oses les porter haut et fort.

Je suis fière d’avoir été à tes côtés à certains moments.

 

mardi, 03 novembre 2009

Un gouvernement schizophrène.

D’un côté, Eric Besson, dans sa lettre aux préfets, observe que « le débat sur l’identité nationale répond aussi aux préoccupations soulevées par la résurgence de certains communautarismes dont l’affaire de la burqa est l’une des illustrations ».

Nicolas Sarkozy a bien dit à Versailles que « la burqa n’était pas la bienvenue en France ». Elle témoigne de la montée de l’intégrisme islamique. Considéré comme portant atteinte à la laïcité, son port doit être interdit dans les endroits publics et tout doit être fait pour éduquer les jeunes filles des quartiers pour les soustraire à l’autorité masculine paternelle ou maritale qui leur impose cette pratique.

 

Pour se reconnaître français, il faut donc éradiquer les pratiques communautaristes, ce qui vise essentiellement l'islamisme et respecter le principe républicain de la laïcité.

 

De l’autre côté, la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, a annoncé aujourd’hui, lors d’une conférence sur la finance islamique  organisée à Bercy, sa détermination à attirer les investissements venus du Golfe persique et permettre l’émission de « sukuks », obligations conformes à la loi islamique.

« Fondée sur la charia, loi islamique, la finance islamique interdit le recours aux intérêts, la spéculation et les investissements considérés comme impurs (jeu, alcool, armement, tabac…) ».

Le parlement avait donc, dans le cadre de la loi sur les PME, adopté un amendement proposé par le sénateur UMP Philippe Marini, afin de faciliter ces investissements venus des émirats et changer la loi modifiant le régime de la « fiducie » pour que l’on puisse émettre ces obligations « islamiquement correctes » : les fameux  sukuks.

 

Le Conseil constitutionnel avait censuré cet article  « au motif qu’il n’avait pas de lien avec l’objet du texte ».

 

Eh bien, la ministre a annoncé que cette disposition serait réintroduite « dans un nouveau véhicule législatif plus approprié, qui évitera la censure du Conseil constitutionnel ».

 

C’est ce qui s’appelle ne manquer ni d’audace, ni de mépris pour les institutions françaises.

 

C’est aussi bafouer la laïcité, principe intangible de la République.

 

 

L’Etat a donc deux discours contradictoires: l’un pour la finance, l’autre pour les jeunes filles de quartier…

C’est la crainte d’Eric Raoult, député de Seine-Saint-Denis et rapporteur de la mission burqa.

Doit-on durcir les lois pour les rendre intransigeantes vis-à-vis de l’islam ?

Doit-on modifier le droit français pour le rendre « charia compatible » ?

 

Le gouvernement devient de plus en plus schizophrène.

Il faut ratisser large et après l’ouverture à gauche, revenir sur les terres du Front national. Eric Besson excelle dans cette fonction qu’il incarne à la perfection, sous l’œil un peu pervers de son nouveau maître.

 

Par ailleurs, la France bling-bling est exsangue et a besoin d’argent. On nous invite à fermer les yeux sur les sources de financement, pourvu que les caisses se remplissent.

C’est ce qui s’appelle un grave manquement à la morale.

 

Conclusion : intolérance, perte des valeurs et atteinte au principe républicain de la laïcité.

 

Pauvre France !