vendredi, 30 octobre 2009

Jacques Chirac renvoyé devant le tribunal

Voilà la nouvelle qui est tombée aujourd’hui et qui m’interpelle.

D’abord, la juge a voulu « se faire » un nom, à la veille de son départ pour d’autres fonctions, en « se faisant », pour la première fois sous la Vè République, un ancien chef d’Etat.

De plus, les juges d’instruction vont disparaître et elle a voulu montrer combien leur rôle était important.

Les successeurs de Jacques Chirac n’ont donc aucun souci à se faire : plus de juges. Demeure le parquet, ce qui diminue considérablement les risques.

 

 On ne peut s’empêcher d’être triste de voir ainsi tenter de détruire l’image de Jacques Chirac «  le père bienveillant de la Nation » qui s’est toujours érigé contre ses divisions.

Il est pour 76 % des Français la personnalité politique des Français, plus de 30 points devant son successeur.

Quel crime de lèse-majesté!

  

Mais « Jacques Chirac ne se dérobera pas » annonce  un communiqué.

  

Je salue son courage et sa détermination à vouloir se défendre, et répéter que « jamais, à aucun moment », il n’a eu, « ni la volonté, ni même le sentiment de commettre une quelconque infraction ou irrégularité, ni même de transgresser la morale ou l’éthique ou encore de léser les intérêts des Parisiens qui, pendant dix-huit ans », lui « ont accordé leur confiance ».

 

Selon Henri Cuq, Président de l’association « Avec le Président Chirac » cette décision démontre que : « contrairement à ce qu’on a laissé entendre, il n’y a pas eu de système d’emplois fictifs à la Mairie de Paris : sur près de 500 emplois examinés par la justice après plusieurs années d’instruction, seuls 21 demeurent aujourd’hui en question.

Comment dans ces conditions ne pas s’interroger sur la raison de ce renvoi ?

Comment ne pas penser, ainsi que l’a exprimé Me Jean Veil, avocat de Jacques Chirac, que l’instruction a été conduite uniquement à charge ?

 

Mais  Jacques Chirac ne se dérobera pas et il démontrera que ces 21 emplois étaient légitimes.

 

Pour autant, cet épisode ne saurait remettre en cause son bilan au service de la France et des Français, ni les liens de confiance et de respect mutuel qu’il a tissés avec eux tout au long de sa vie politique ».

 

Jacques Chirac a été un grand Président de la République. Il continue à faire rayonner la France et ses valeurs, bien au-delà de nos frontières.

 

Et il n'est pas né celui qui pourrait lui  faire de l’ombre.

samedi, 26 septembre 2009

Un président peu au fait de ses dossiers.

Le président connaît-il ses dossiers avant de s’exprimer à la télévision ? 

Prend-il le temps d’écouter ses conseillers ? Ou bien un mot lui sert-il de moteur de recherche et il démarre…

Ainsi mercredi dernier sur la taxe carbone : « le monde va à sa perte si on continue à émettre du carbone qui crée un trou dans la couche d’ozone et qui brise les équilibres de la planète ». Il a confondu couche d’ozone et effet de serre, sûrement parce que, pour lui, si la disparition de la couche d’ozone est due à l’utilisation de chloro-fluoro-carbones, il n’y a pas de raison que ces CFC ne génère pas d’une façon ou d’une autre du dioxyde de carbone.

Ses conseillers auraient dû lui expliquer que ce carbone constitue la base de la biologie, qu’il est essentiel à la vie…

On peut déjà se faire du souci pour la conférence de Copenhague, mais c’est bien loin…

 

Quant à l’affaire Clearstream dont il suit paraît-il les moindres détails, il semble ne plus se souvenir de l’action dans laquelle il s’est engagée…

 

Ainsi, si je reprends l’excellent article de Mediapart du 24 septembre dernier  « en deux phrases, trente secondes, il va commettre quatre erreurs", article que je ne peux que retranscrire in extenso tellement il est, argumenté :

 

      1/ «J'ai déposé plainte contreX.»

FAUX. Nicolas Sarkozy, et c'est tout sauf un détail, n'a pas déposé plainte, ni contre X ni contre personne. Il s'est contenté de se constituer partie civile, le 31 janvier 2006, dans la procédure déjà ouverte. Ses conseillers lui avaient précisément déconseillé à l'époque de déposer plainte, craignant qu'une telle initiative n'apparaisse trop offensive. Et donc comme une tentative de pression sur la justice.

 

 2/ «J'ai déposé plainte contre X quand j'ai découvert avec stupéfaction que j'étais titulaire de deux comptes...»

 

FAUX. Là encore, la formulation est trompeuse. Elle laisse entendre à l'évidence que Nicolas Sarkozy a saisi la justice dès qu'il a eu connaissance que son nom figurait sur les faux listings. Et il répète à qui veut l'entendre qu'il n'a été informé que très tardivement.

 

Or, la chronologie démontre le contraire. La présence du nom de Nicolas Sarkozy sur les listings a été évoquée dans la presse, avec celles de trois autres anciens ministres (Alain Madelin, Jean-Pierre Chevènement, Dominique Strauss-Kahn), au mois de septembre 2004. Or, M. Sarkozy, contrairement aux trois autres, ne n'est constitué partie civile qu'en janvier 2006, soit près d'un an et demi après. Sans compter que de nombreux éléments laissent à penser qu'il avait été informé de la présence de son nom dès le printemps 2004.

3/ «Au bout de deux ans d'enquête, deux juges indépendants...»

FAUX. Pour le coup, il s'agit sans doute du lapsus le plus révélateur de l'intervention du chef de l'Etat. En effet, l'instruction de cette affaire n'a pas duré deux mais... quatre ans, puisque l'information judiciaire pour « dénonciation calomnieuse » confiée au juge Jean-Marie d'Huy – ensuite secondé par Henri Pons – a été ouverte par le parquet de Paris le 3 septembre 2004 et s'est achevée en 2008.

 

L'enquête s'est terminée en deux temps, les juges ayant clos une première fois leurs investigations le 22 février 2008, puis le parquet a exigé un complément d'information. Ils ont finalement clôturé le dossier le 3 juillet 2008. Nicolas Sarkozy n'a pas évoqué cette période de «deux ans» par hasard: il ne fait visiblement pas de doute dans son esprit que le « vrai » début de l'affaire correspond à son entrée dans le dossier, en 2006! De fait, l'enquête des juges avait connu une spectaculaire accélération juste après la constitution de partie civile de M. Sarkozy.

 

   4/ «Deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être traduits devant le tribunal correctionnel.»

FAUX. Est-il besoin de rappeler que, dans le droit français (comme dans la plupart des pays européens), toute personne est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été définitivement établie par un tribunal. Dans l'exemple Clearstream, il faut donc parler de «prévenus» puisqu'il s'agit d'un procès correctionnel – aux assises, on parlerait d'«accusés».

 

 Enfin, pour ma part,  je ne comprends pas qu’il parle de « deux juges indépendants ». Pourraient-ils ne pas l’être ?

J’avais  même cru, en d’autre temps, qu’il n’accordait aucune confiance aux juges et qu’il voulait leur disparition...Comprenne qui pourra…

A ce stade, il ne saurait s’agir de lapsus.

Le président est sûr de sa puissance, sûr qu’il peut faire pencher le fléau de la justice dans le sens qui lui est favorable.

Il est maître de la France, de l’Europe, du G20 dont il dira avoir influencé les décisions et fait partager ses convictions aux 19 autres membres.

Il n’a que faire des détails de dossiers.... On l’attend ailleurs…

Je crains que son hyperactivité ne lui permette pas d’étudier les problèmes de la France avec toute l’attention nécessaire.  Et quand on entreprend trop de chantiers, il est rare d’en mener un à son terme.

C’est bien ce que disait Rabelais : « qui trop embrasse, mal étreint »…

 

 

 

jeudi, 24 septembre 2009

Le sens des mots.

Les mots ont un sens et sont les vecteurs de notre pensée.

L’éducation nous permet de leur  apporter précision, sinon subtilité.

Enfin, l’enseignement, surtout lorsqu’il est devient supérieur, apporte à chaque profession le vocabulaire adéquat qui permet à l’homme (ou la femme !) de métier de s’exprimer avec la justesse requise.

Et il ne viendrait à personne de s’adresser à un professionnel qui ne répondrait pas à ce critère essentiel.

 

A partir de ces considérations, je m’interroge sur l’attitude qui, devant m’assurer son concours, me ferait choisir un avocat qui confond « coupable «  et « prévenu ».

A coup sûr, je fuirais cet homme de droit, fût-il le plus célèbre parce qu’exerçant la magistrature suprême de notre pays…Impair ? Pas impair ?

Quand on sait que le même, ministre de l’Intérieur, le jour de la capture d’Yvan Colonna, avait plastronné en se félicitant  que « la police avait arrêté l’assassin du préfet Erignac », on commence à être glacé de terreur devant la méconnaissance de la présomption d’innocence, essentielle à notre justice, celle rendue au nom du peuple français.

 

Le comble, hier, devant des millions de téléspectateurs, a été atteint (mais dans ce domaine, le comble  doit donner le sens de l’infini : quand on croit l’avoir atteint, on s’aperçoit que tout reste à venir !) :

 Le président de la République a annoncé, concernant l’affaire Clearstream : « Au bout de deux ans d’enquête, deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être traduits devant un tribunal correctionnel ».

 

A ce stade, trois réflexions s’imposent :

 

 –ou il s’agit d’un lapsus, et comme l’a dit Dominique Bussereau, secrétaire d’Etat aux Transports : « comme n’importe qui, il a commis un lapsus » (tiens, il va bientôt devenir ministre de plein exercice, celui-là !). Le problème est que Nicolas Sarkozy n’est pas n’importe qui. Il a d’ailleurs beaucoup mouillé ses  chemises pour en arriver là.

Il est le président de la République, le magistrat suprême.

Alors, comme le propose Marie-Anne Montchamp, qu’il revienne sur ce propos malheureux, même si cette attitude n’est pas dans sa logique.

 

-ou il est la proie d’une obsession névrotique, et on ne peut manquer de s’interroger sur la sérénité qui devrait entourer sa fonction. Il y va quand même de notre existence de Français…

 

-ou il veut peser sur les conclusions des juges, ce qui serait étonnant pour celui qui se dit ne pas être "un homme qui ment … un homme qui plaisante avec les principes d’honneur et de probité ».

J’ai même la faiblesse de le croire sincère en cette mise en scène de lui-même, normale dans le contexte.

 

La catastrophe pour lui est que le président doit faire respecter le Droit, et dans cet entretien, il viole un principe constitutionnel essentiel inscrit dans le code civil.

Article 9-1 : « chacun a droit au respect de la présomption d’innocence ».

 

Pour avoir confondu en son temps coupable et prévenu, le ministre d’Etat, Michel Poniatowsky, avait failli être traduit devant la Haute Cour de Justice… pardon pour ce lapsus… je veux parler de la Cour de Justice de la République…si la Justice peut encore être exercée en toute sérénité au pays des droits de l’Homme.