jeudi, 01 octobre 2009

Un PLFSS bien nommé

Ce n’est pas un Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale que le gouvernement a présenté aujourd’hui pour l’exercice 2010.

C’est un Projet de Loi pour les Français  Sans-Souci.

Et l’adage qui dit qu’ « il vaut mieux être riche et en bonne santé, plutôt que pauvre et malade » n’a jamais été aussi authentique.

En effet, jamais la dégradation financière n’a été aussi forte : le déficit du régime général de la Sécurité sociale atteindra 24 milliards d’euros à la fin de l’année 2009, dont 11 milliards pour la seule branche maladie.

 

Il n’est pas vain de regretter le gouvernement précédent qui était parvenu à diviser par deux le déficit de l’assurance-maladie, de 8 milliards d’euros en 2005, à 4,4 milliards en 2008.

 

Autres temps, autres mœurs…

 

La dégradation actuelle serait la « conséquence d’une récession sans précédent depuis la fin de la seconde guerre mondiale », selon le gouvernement. Qui osera dire que la récession a bon dos et que les comptes sociaux ont explosé juste avant la crise ?

Tel est pourtant le cas.

 

D’ailleurs, l’Etat est-il bien honnête dans cette gestion de la Sécurité sociale ?

Qu’en est-il de toutes les taxes qui assomment les Français pour abonder, théoriquement, notre protection sociale : taxes sur le tabac, l’alcool, les industries polluantes, la part des primes d’assurances automobiles, une partie de TVA ?

D’après un rapport des comptes de la Sécurité sociale, si tout le produit des taxes payées par le bon peuple au titre de sa santé (produit qui s’élève à 20 milliards)  était versé à son bénéficiaire, cette même Sécu non seulement n’ accuserait pas un trou abyssal de 11 milliards, mais se verrait allouer un excédent de 9 milliards.

 

Première malhonnêteté.

 

La deuxième consiste à rogner sur les dépenses de santé, alors que chacun sait qu’elles n’ont pas explosé, et que « c’est la première fois que l’on réussit à tenir, deux années de suite, en 2008 et 2009, un niveau de progression aussi bas des dépenses de santé », selon le ministère de la santé. Mais il faut trouver de l'argent coûte que coûte!

 

Troisième malhonnêteté : les Français ne sont plus égaux devant la maladie.

Après l’instauration des franchises médicales, voilà qu’on revoit à la hausse le forfait hospitalier, censé représenter la participation de chaque patient hospitalisé aux frais hôteliers.

Voilà qu’on baisse le remboursement de 35% à 15% pour les médicaments à « service médical rendu »faible. A noter, parmi ces médicaments, le seul efficace en cas de grippe A/H1N1 : le paracétamol !

Il est difficile de trouver de la cohérence dans ces mesures, sinon le désengagement de la Sécurité sociale au bénéfice d’assurances privées auxquelles beaucoup de Français ne pourront accéder…

 

J’allais oublier la fiscalisation des indemnités journalières consécutives à un arrêt de travail par accident, la dernière mesure inique sortie du crâne du président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, alors qu’il en avait combattu le principe il y a quelques mois.

 

Oui le PLFSS tel qu’il a été présenté aujourd’hui ne concerne que les Français aisés.

La protection sociale qui avait fait notre orgueil, celle voulue par le général de Gaulle, n’est plus….

 

Enfin, je profite de mon blog pour conseiller à tous les centenaires qui le liront de se dépêcher de prévenir leur Caisse Régionale d’Assurance-Maladie qu’ils sont toujours vivants.

En effet, avec un tact qui n’honore vraiment pas les fonctionnaires de ces organismes, les centenaires doivent fournir un certificat médical attestant qu’ils sont toujours bien en vie. « Une pétillante centenaire de la région de Marseille ne décolère pas ….J’ai eu un peu honte d’être encore vivante… » (Le Quotidien du Médecin du 1er octobre 2009).

 

Il ne fait vraiment pas bon être vieux , pauvre et malade en France en 2009…

 

 

dimanche, 04 janvier 2009

bonne année, bonne santé

Voilà le vœu le plus banal mais le plus urgent à formuler pour nos concitoyens. Car la France, la 1ère pour la qualité de ses soins sanitaires jusqu’à ces dernières années a reculé jusqu’à la 5ème place, et ce ne sont pas les problèmes qui viennent de nourrir l’actualité qui vont nous faire regagner des places.

 

Certes toute polémique est mal venue, toute récupération politicienne  de mauvais goût.

Et pourtant, il nous faut rester lucide.

 

Notre système de soins est le plus généreux, le plus égalitaire, le plus solidaire, puisque depuis le général de Gaulle, chacun abonde la Sécurité sociale en fonction de ses moyens et reçoit les soins en fonction de ses besoins, quels que soient ses revenus.

Certes, ce principe qui date de 63 ans, s’adressait aux revenus du travail, alors que le chômage était inconnu en France et la population n’atteignait pas l’espérance de vie d’aujourd’hui.

 

Mais voilà, grâce à notre système de soins, la population vieillit, les technologies se sont affinées, beaucoup de maladies ont été éradiquées, d’autres mortelles sont passées à l’état de chronicité.

Qui s’en plaindrait ?

 

Le malheur est que ce système a un coût, que la santé devient un objet de commerce, que les caisses de l’Etat sont vides, qu’on nous raconte des sornettes lorsqu’on confond les dépenses accordées à l’hôpital public en terme d’investissement (10 milliards d’euros sur quatre ans, selon la ministre), alors que ce dont souffre d'abord l’hôpital, ce sont les restrictions en terme de fonctionnement.

 

Il est vrai que 80% des dépenses concernent des dépenses de personnel, qu’il faut sûrement effectuer des restrictions dans ce domaine, mais pourquoi diminuer le nombre de personnels soignants au profit de personnels administratifs? Ainsi la création des fameuses Agences régionales de santé dont on peut comprendre la philosophie, ne sont pas près d’apporter la même efficacité que des bonnes infirmières, bien reposées, en nombre suffisants auprès de patients nécessitant une surveillance de plus en plus pointue. Ainsi, une pompe à perfusion ne sera-t-elle pas mal réglée, des flacons de soluté ne seront pas mélangés. Et j’en passe.

 

Autre fait : on manque d’infirmières. Tout le monde le reconnaît.

Est-ce en mettant en examen une infirmière compétente, la première abattue par le geste malheureux qui brise sa carrière jusqu’alors exemplaire, qu’on va susciter des vocations ?

 

Il y a des frontières à ne pas dépasser, même pour satisfaire à une démagogie aussi primaire qu’irresponsable.

 

On ne peut pas vouloir tout et son contraire. On ne peut pas dire tout et son contraire.

 

 La France ne peut pas prétendre garder sa place de leader mondial dans le monde de la santé sans préserver les soins de proximité qui coûtent cher, certes. Mais il faut choisir .Et comme disait Gide « Choisir, c’est renoncer ».

 

Ou la France, si prompte à trouver des financements pour sauver les banques, sauve notre système de soins en desserrant « l’étranglement financier délibéré », comme l’écrit à la ministre, le Professeur Denis Devictor, Président  des comités consultatifs médicaux de l’AP-HP, qui dénonce « les restrictions budgétaires sans objectifs médicaux ».

 

Ou la France qui déjà n’est plus capable d’assurer la permanence des soins et reconnaît l’importance des médecins étrangers, les seuls à vouloir assurer celle-ci dans les zones de désertification médicale, laisse filer vers une médecine à deux vitesses, renonçant à son service public de santé.

 

A ce sujet, n’est-il pas scandaleux qu’une ministre en exercice choisisse, pour y accoucher, une clinique privée ?